‹ Chants et chansonsChapitre 80 sur 202 · SIEGE DE TARIS · texte numérisé non relu

SIEGE DE TARIS

J'ai VU ce grand Paris, victime de l'empire, Voulant se relever de son abaissement; Je l'ai vu bien se battre et bravement sourire Devant les noirs boulets du canon allemand.

J'ai vu le frôle enfant sur le sein de sa mère Demander par ses cris une goutte de lait; Mais le sein épuisé, tari par la misère Refusait de sauver le pauvre enfantelet.

La mère allait pieds nus, dans la boue et la neige, Chercher à la mairie un impuissant secours. Hélas ! qu'ils ont souffert pendant ce cruel siège Ceux dont la mort n'a pas voulu prendre les jours !

Sur le rempart, le père allait monter la garde Une pensée au cœur : l'honneur de son pays. Il espérait ! Tandis que l'affreuse camarde Franchissait l'humble seuil de son morne taudis.

Mon Dieu ! qu'il faisait froid sur ces longs remparts sombres Qu'un mortel vent glacé balayait en sifitlant ; Leurs nombreux défenseurs ressemblaient à des ombres Cheminant dans la nuit sur un terrain sanglant.

La sentinelle au loin, à son poste immobile, Avait le cou tendu, l'œil au guet, l'arme au bras; Elle essayait en vain, dans son zèle inutile, De voir un ennemi qui ne se montrait pas.

Sur chacun la misère exerçait son empire.

Un jour, le bois manqua; plus tard, ce fut le pain...

Alors des pauvres gens commence le martyre : Celui-ci meurt de froid, celui-là meurt de faim.

La mansarde devient un endroit de supplice : Devant un berceau vide une mère est en deuil. De la mort la douleur s'est faite la complice, Changeant un petit lit en un mince cercueil.

Paris, malgré ses maux, conserve sa vaillance. Au feu, l'ouvrier marche à côté du bourgeois; Un théâtre se ferme, il devient ambulance; La peur, contre le sang, n'élève pas la voix.

On veut vaincre ou mourir plutôt que de se rendre ! — Monsieur le Gouverneur pensait tout autrement ! - Qu'importe ! A nos enfants, Paris est fier d'apprendre Qu'il avait espéré jusqu'au dernier moment'.

10 janvier 1871.

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