‹ Chants et chansonsChapitre 95 sur 202 · JOB LE MONTAGNARD · texte numérisé non relu

JOB LE MONTAGNARD

Entendez-vous vibrer la cloche funéraire ?

A genoux, compagnons, c'est Job qu'on porte en terre.

Vous l'avez tous connu, cet enfant de nos monts.

Dont le pied assuré foulait les hautes cimes ;

Nos grands gouffres pour lui n'étaient pas trop profonds;

Son œil ne tremblait pas au-dessus des abîmes :

C'était le bien-aimé des fertiles vallons.

Entendez-vous vibrer la cloche funéraire ?

A genoux, compagnons, c'est Job qu'on porte en terre.

Hier, il gravissait lentement le chemin

Qui, creusé dans le roc, meneaux montagnes blanches;

Il suspendit son chant pour me serrer la main.

Et puis il disparut tout joyeux sous les branches

De nos vieux sapins noirs, en disant : « A demain ! »

Entendez-vous vibrer la cloche funéraire ?

A genoux, compagnons, c'est Job qu'on porte en terre.

1. La musique : chez M. Labbé, éditeur, rue du Croissant, 20.

174 Chants et Charisons

Demain, ô pauvre Job ! demain c'est aujourd'hui !

Brisés par nos sanglots, nous entourons ta bière ;

L'éclio de ta chanson dans la montagne a fui,

Pour s'en aller à Dieu comme va la prière,

Quand du fond d'un bon cœur elle s'adresse à lui.

Entendez-vous vibrer la cloche funéraire ?

A genoux, compagnons, c'est Job qu'on porte en terre.

Tes pas n'effraîront plus le timide chamois,

La montagne oublîra ta marche cadencée

A travers les rochers, les bruyères, les bois ;

Et, quand viendra la nuit, Ketty, ta fiancée.

Sur ta tombe, éplorée, embrassera ta croix.

Entendez-vous vibrer la cloche funéraire ?

A genoux, compagnons, c'est Job qu'on porte en terre.

Vers toi s'était tourné le regard du malheur,

Lorsque, pour t'emporter, s'élança l'avalanche.

Tu devais mourir là, dans ta force et ta fleur.

En vain ta vieille mère et t'appelle et se penche

Sur ton corps. Elle est folle; elle est frappée au cœur.

Entendez-vous vibrer la cloche funéraire ?

A genoux, compagnons, c'est Job qu'on porte en terre.

La douleur a tari les larmes de ses yeux,

Ton nom s'est arrêté sur sa lèvre tremblante

Et c'est par la pensée, en regardant les cieux,

Qu'elle monte vers toi, dans sa raison absente,

Espérant te revoir au séjour des heureux.

Entendez-vous vibrer la cloche funéraire ?

A genoux, compagnons, c'est Job qu'on porte en terre.

de Paul Avcnel. 175

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