CONCLUSION
Le manuscrit est la volière ouverte
Où d'abord viennent voltiger Les oiseaux de l'esprit qui courent à leur perte Sur la feuille volante au passage léger.
Leur maître avec soin les rassemble ; Mais, malgré lui, toujours un traître coup de vent En ravit quelques-uns au fraternel ensemble
Qu'il veut maintenir vainement.
Le livre est la cage inflexible Où le vent, cet ami des prisonniers ailés,
Trouve un obstacle irrésistible ; Là, jamais les oiseaux par lui ne sont volés. L'heureux auteur qui vient d'assurer sa richesse La bénit plein d'amour dans ce saint rendez-vous ; Pour sa prudence il est des soins de toute espèce, Car pour lui-même aussi la cage a des verrous.
Il ne peut plus prendre et reprendre
Ses chers oiseaux dans leur prison,
Pour les corriger et leur rendre
Le feu, le charme et la raison.
S'il n'a su parer leur plumage, 11 subira le deuil de ses enfants captifs.
S'il n'a point formé leur ramage, 11 leur verra traîner des chants faux et craintifs. Il sera tout près d'eux, père tendre et sévère, Sans pouvoir redresser leurs erreurs désormais. Son cœur est en défaut pour sa famille chère, Et son droit de conseil est perdu pour jamais.
Aussi, d'une voix incertaine,
Il la bénit à son départ; Mais, pour la caresser, s'il veut rompre sa chaîne,
Il s'aperçoit qu'il est trop tard.
A genoux devant sa nichée
Qu'il voudrait bien couver encor,
Sur elle la tête penchée,
Les deux mains sur la cage d'or, Il dit : « Oiseaux chéris, chanteurs nés dans mon âme, Pour vos destins j'espère et je crains tour à tour, Car, malgré vos défauts, pour vous le dieu réclame Si vous portez au front son nom divin : Amour. »