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LE BON CHEMIN

A l'aube de l'adolescence, A cet âge où tout semble beau»

Un fils, ivre d'impatience.

Quitte le nid comme un oiseau; Entraîné par une chimère Qui lui sourit dans le lointain :

Adieu, mon fils ! lui dit sa mère, Et suis toujours le bon chemin !

En sa naïve étourderie, Il va des ailes s'ébattant, Parcourant la lande fleurie, Gomme une abeille s'arrêtant A toute fleur ou blanche ou rose, Fleur de pommier, fleur de sainfoin.

Fleur d'aubépine ou d'autre chose; Était-ce là le bon chemin?

Un paysan d'humeur gauloise, En le voyant tout interdit Devant un chemin qui se croise Et qui fait la fourche, lui dit :

Jeune homme! as-tu peur que la terre Manque à tes pas? Elle va loin.

La terre est grande : comment faire Four y trouver le bon chemin?

Le bon chemin est-ce la route Où les humains vont se foulant, Moutons de Panurge en déroute, Troupeau craintif toujours bêlant?

Est-ce le portique où se presse Et bourdonne comme un essaim La foule avide de richesse?

Est-ce bien là le bon chemin ?

Est-ce le grand chemin de l'Inde, L'Océan, plein de noirs secrets?

Est-ce le vert sentier du Pinde, Où croissent lauriers et cyprès?

Est-ce le chemin de la gloire, Tant abreuvé de sang humain?

Écartons ce rêve illusoire :

Non, ce n'est pas le bon chemin.

Est-ce la route de Cythère,

Où Vénus préside au* amours?

Non, c'est le sentier solitaire

Où l'on s'aime à deux pour toujours.

Pendant que l'aïeule caresse

De beaux enfants dans le lointain..

Voilà l'image enchanteresse

Du vrai bonheur, du bon chemin.

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