LA MUSIQUE
Langue de l'univers, musique aérienne, Contraste harmonieux du silence et du bruit, puissance nouvelle et cependant ancienne.
Comme l'invention du jour et de la nuit; Tu nais du roulement des sphères dans l'espace Par le souffle divin qui jamais ne se lasse ; Produite incessamment comme l'air et le feu, musique, fille de Dieu !
En rhythmant notre joie, En charmant notre peine,
Guide la caravane humaine
Dans le grand chemin bleu, musique, fille de Dieu !
De tes sons répandus, l'enfant qui vient de naître Essaye en bégayant à former un faisceau ; Tout chante à son oreille, il veut prouver son être En modulant un son, comme un petit oiseau ; Mais cette voix, plus tard, agrandie et rhythmée, Change en pas de géant les pas de ce pygmée; Amphyon fait monter, une lyre à la main, Les pierres du grand mur thébain.
En rhythmant notre joie,
En charmant noire peine, Guide la caravane humaine
Dans le grand chemin bleu, musique, fille de Dieu!
La musique est la clef des plus profonds mystères Elle n'a pas besoin d'antres ni de trépieds : Orphée, avec sa lyre, attire les panthères, Et les tigres soumis viennent lécher ses pieds ; Le vieil Homère, aveugle, en parcourant la Grèce, A pour guider ses pas la douce enchanteresse, Et son rhythme, surpris aux lois de l'univers, Rend impérissables ses vers.
En rhythmant notre joie,
En charmant notre peine, Guide la caravane humaine
Dans le grand chemin bleu, musique, fille de Dieu!
L'orgue enfle ses tuyaux sous la voûte ogivale, Et vaguement traduit les murmures des bois.
Hommes, femmes, enfants, chantent dans l'intervalle, Et l'airain, prisonnier dans rétain, suit les voix; La tempête s'annonce aux éclats de la foudre, L'harmonie est intense, elle va se dissoudre
Comme en gouttes de pluie, enfin monte un chant pur De rossignol en plein azur.
En rhythmant notre joie,
En charmant notre peine, Guide la caravane humaine
Dans le grand chemin bleu, musique, fille de Dieu!
Arrache-toi d'un bond à ces voûtes de pierre ; Musique, vole aux champs où sont les laboureurs ; Beethoven dira la sublime prière Du travail arrosé par leurs larges sueurs; Il rhythme en la guidant vers la terre promise Cette lente cohorte, à la douleur soumise, Qui tend aux fleurs, aux fruits ses lèvres et ses mains Pour abréger les longs chemins.
En rhythmant notre joie,
En charmant notre peine, Guide la caravane humaine
Dans le grand chemin bleu, musique, fille de Dieu!
Descends dans les cités où la foule s'agite, Et, même après Mozart, appelle du nouveau.
Au-devant du Freyschutz elle se précipite ; Rien ne peut apaiser sa grande soif du beau ; Rossini vous enivre, et, par ses accents mâles Le maître Meyerbeer vous frappe et vous rend pâles Comme seront les morts au dernier jugement Dans leur sombre épouvantement.
En rhythmant notre joie,
En charmant notre peine, Guide la caravane humaine
Dans le grand chemin bleu, musique, fille de Dieu !
Ton pouvoir est si grand, ô musique sublime, Que Pjganini seul, de son archet fiévreux.
DE PIERRE DUPONT. «Si
Tenait une assemblée, en faisait sa victime, Et d'un son vous rendait heureux ou malheureux : On se fait égorger aux durs accents du cuivre. Mais, ô frêles beautés, on désire de vivre Quand les touches d'ivoire, agiles sous vos doigts, Accompagnent vos douces voix !
En rhythmant notre joie,
En charmant notre peine, Guide la caravane humaine
Dans le grand chemin bleu, O musique, fille de Dieu !