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LES INONDATIONS

Lyon, juin 188t.

Nous étions vainqueurs en Grimée, Et nous fêtions avec transport Les débris de la grande armée Qui touchait déjà notre port.

Après la guerre et la disette, L'espoir verdoyait dans nos champs, Et Tannée étalait, coquette, Les charmes trompeurs du printemps.

Dieu ! ta colère -nous décime Par des fléaux ténébreux ; Ton bras nous tient suspendus sur l'abîme :

Pitié pour cette race infime, Grâce pour tant de malheureux!

- L'épi faisait courber la paille ; La vigne est belle, cette fois, Et le vigneron qui la taille Ose à peine éclaircir son bois.

Le sol délaissé, la chaumière, Ont vu leurs hôtes revenir.

Leurs sueurs manquaient à la terre, Que leur sang ne doit plus rougir.

Dieu ! ta colère nous décime Par des fléaux ténébreux; Ton bras nous tient suspendus sur l'abîme :

Pitié pour cette race infime, Grâce pour tant de malheureux!

On espérait... Le vent d'Afrique Se heurte avec le vent du Nord.

A cette secousse électrique Toute l'atmosphère se tord.

Les neiges fondent, les nuages Ont l'air d'un flux et d'un reflux Qui veut engloutir ses rivages.

Les laboureurs n'espèrent plus.

Dieu ! ta colère nous décime Par des fléaux ténébreux ; Ton bras nous tient suspendus sur l'abîme:

Pitié pour cette race infime, Grâce pour tant de malheureux!

Des monts neigeux rompant les chaînes, Les torrents comme des vautours S'abattent sur les vastes plaines, Les yeux sont tournés vers les tours; Dans la nuit, les maisons s'affaissent.

Demain éclairera l'horreur Et les traces de mort que laissent Les grandes eaux dans leur fureur.

Dieu ! ta colère nous décime Par des fléaux ténébreux; Ton bras nous tient suspendus sur l'abîme :

Pitié pour cette race infime, Grâce pour tant de malheureux '

Le Rhône, la Saône, la Loire,

Vingt autres fleuves débordés

Ont envahi le territoire :

Portez secours aux inondés!

Des spectres flottent sur l'eau brune...

Écoutez d'où partent les cris!

La Pitié, d'un rayon de lune,

Éclaire ces pâles débris.

Dieu ! ta colère nous décime Par des fléaux ténébreux ! .

Ton bras nous tient suspendus sur l'abîme:

Pitié pour cette race infime, Grâce pour tant de malheureux!

L'arc-en-ciel paraît dans les nues, Chacun s'émeut à ces douleurs; Les nations sont accourues :

C'est un débordement des cœurs.

Que de mains on a vu se tendre Vers tous ces réchappes des eaux.

Dieu, quand nous voulons nous entendre, Retient dans sa main les fléaux.

Dieu ! ta colère nons décime Par des fléaux ténébreux ; Ta main nous tient suspendus sur l'abîme :

Pitié pour cette race infime, Grâce pour tant de malheureux I

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