‹ Chants et poésiesChapitre 160 sur 204 · LES DIEUX · texte numérisé non relu

LES DIEUX

Autour d'un festin splendide Tous les dieux sont réunis; Jupiter même y préside, Les mortels en sont bannis.

Nos soucis, nos destinées, Tous les projets des humains, Nos monuments, nos années, Sont du sable entre leurs mains.

Les dieux au plaisir se livrent,

Faisons comme eux.

Et, puisque les dieux s'enivrent, Enivrons-nous comme des dieux.

Le nectar divin ruisselle : Nos vœux seraient mal venus; De Mars le casque étincelle , Et roule aux pieds de Vénus.

Junon est toujours jalouse; Elle lance à Jupiter Un regard sombre d'épouse; Jupiter darde un éclair.

Les dieux au plaisir se livrent.

Faisons comme eux, Et, puisque les dieux s'enivrent, Enivrons-nous comme des dieux.

Minerve apporte un message Du beau peuple athénien ;

II est fou, Minerve est sage;

Quel peut êlre leur lien?

Les arts et la poésie;

Pourtant Phoebus Apollon,

Qui chez les grands dieux s'ennuie,

Rêve du sacré vallon.

les dieux au plaisir se livrent,

Faisons comme eux, Et, puisque les dieux s'enivrent, Enivrons-nous comme des dieux.

Tu manques, chaste Diane, Avec tes blancs lévriers :

La ronce de sa liane Entrelace tes beaux pieds.

Sur sa verdoyante couche Tu surprends Endymion, Et tu poses sur sa bouche Ton baiser comme un rayon.

Les di2ux au plaisir se livrent,

Faisons comme eux, Et, puisque les dieux s'enivrent, Enivrons-nous comme des dieux.

Mercure au dessert arrive D'un temple grec de Paris; Vénus doucement s'esquive; Les vieillards poussent des cris.

L'Amour de ses fines flèches A percé leurs cœurs brûlants; On voit comme des flammèches Jaillir de leurs crânes blancs.

Les dieux au plaisir se livrent,

Faisons comme eux, Et, puisque les dieux s'enivrent, Enivrons-nous comme des dieux.

Bacchus est trop bien en place Pour en bouger de longtemps.

L'heure des vendanges passe, Nos gosiers sont haletants; Mais Bacchus est implacable, Rien ne saurait le toucher, Il est soûl, et tient à table, Plus solide qu'un rocher.

Les dieux au plaisir se livrent,

Faisons comme eux, Et, puisque les dieux s'enivrent, Enivrons-nous comme des dieux.

Pluton avec Proserpine Ont les plus brillants habits; Ce noir couple est une mine D'or, diamants et rubis.

Leurs topazes, chrysoprases, Dont l'Olympe est reluisant, Feraient pâlir jusqu'aux phrases Des poètes d'à présent.

Les dieux au plaisir se livrant,

Faisons comme eux, Et, puisque les dieux s'enivrent, Enivrons-nous comme des dieux.

L'enfer au parvis céleste Est très-bien représenté; Or Neptune, que j'atteste, Dit d'un air épouvanté :

« Dieux ! une affreuse machine, La vapeur, coupe la mer; C'est encore une coquine Du cerveau de Jupiter. »

Les dieux au plaisir se livrent,

Faisons comme eux, Et, puisque les dieux s'enivrent, Enivrons-nous comme des dieux.

Lors, frisant sa barbe bleue, Jupiter sourit et dit :

c L'homme a supprimé la lieue Et son audace grandit; Il est fort, plus de reproches !

Prenons des déguisements, Mettons de l'or dans nos poches, Allons voir ces garnements ! »

Les dieux au plaisir se livrent,

Faisons comme eux, Et, puisque les dieux s'enivrent, Enivrons-nous comme des dieux.

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