LE BERGER
Sur mon fluleau,
Sur ma musette, Je joue un air, une ariette, Pour faire danser ma miette,
Sur monfluteau, Ha mie et mon troupeau.
Berger dés ma plus tendre enfance, J'ai su garder mon innocence Contre les vices de nos jours, Ennemi de l'idolâtrie, Du meurtre et de la flatterie, Du vol et de tous les détours, Amoureux de ma bergerie.
Sur mon fluteau,
Sur ma musette, Je joue un air, une ariette, Pour faire danser ma miette,
Sur mon fluteau, Ma mie et mon troupeau.
Ce n'est pas, debout dés l'aurore,
L'ambition qui me dévore ;
Je ne monte pas à cheval ;
En tous lieux, va], montagne ou plaine,
Par tous les temps je me promène,
Sans me faire beaucoup de mal,
Conduisant mes bétes à laine.
Sur mon fluteau,
Sur ma musette, Je joue un air, une ariette, Pour faire danser ma miette,
Sur mon fluteau,
Ma mie et mon troupeau.
• Je choisis les eaux et l'ombrage
Pour mes moutons, et je soulage
Mes brebis de leur agnelet;
Sachant ce que mon troupeau gagne
A faire une belle campagne,
Dans le tfcym et le serpolet, *
Je le mène sur la montagne.
Sur mon fluteau
Sur ma musette, Je joue un air, une ariette, Pour faire danser ma miette,
37Î CUANTS ET POÉSIES
Sur mon fluteau, Ma mie et mon troupeau.
Le parc aux champs est nécessaire.
Rien n'engraisse mieux une terre; Quand mon troupeau parque la nuit, Tout au beau milieu je me plante, Et de ma cabane roulante Je vois mon étoile qui luit; Elle sait bien pour qui je chante.
Sur mon fluteau
Sur ma musette, Je joue un air, une ariette, Pour faire danser ma miette,
Sur mon fluteau, Ma mie et mon troupeau.
Chaque brebis est ma sujette; Mon sceptre en main, c'est ma houlette; Ma couronne, c'est mon chapeau.
J'ai pour gardes deux chiens fidèles Dont les dents, sans être cruelles, Préservent du loup mon troupeau, Et piquent au pied les rebelles.
Sur mon flutea".
Sur ma musette, Je joue un air, une ariette, Pour faire danser ma miette,
Sur mon fluteau, Ma mie et mon troupeau.
Mon manteau royal que transperce Le froid, le soleil ou l'averse, Supporte un sac en peau d'agneau Où tient toute une pharmacie ; On y trouve, quan i on s'ennuie, A manger un petit morceau, Humecté d'un peu d'eau-de-vie.
Sur mon fluteau,
Sur ma musette, Je joue un air, une ariette.
Pour faire danser ma miette,
Sur mon fluteau, Ma mie et mon troupeau.
Un bon- berger est d'ordinaire Rebouteur et vétérinaire, Lit dans les astres notre sort, Connaît les vertus de l'eau fraîche, Et des simples, ce qui n'empêche Qu'il n'aille à pas lents vers la mort Comme le pasteur qui nous prêche.
Sur mon fluteau,
Sur ma musette, Je joue un air, une ariette, Pour faire danser ma miette,
Sur mon fluteau, Ma mie et mon troupeau.