‹ Chants et poésiesChapitre 180 sur 204 · L'ABSENT · texte numérisé non relu

L'ABSENT

Quand je suis seul sur la montagne»

Mes yeux embrassent l'horizon,

J'appelle ma compagne

Restée à la maison.

Chère âme de ma vie, Tu m'attends sans espoir, Et mon unique envie

Est de te voir,

De te revoir.

La nécessité nous sépare.

Est-il une plus dure loi ?

Dans les bois je m'égare Pour n'y penser qu'à toi.

Chère âme de ma vie, Tu m'attends sans espoir, Et mon unique envie

Est de te voir,

De te revoir.

Les bois, l'azur de la rivière Et le jour me sont odieux,

Privés de la lumière

Que répandent tes yeux.

Chère âme de ma vie.

Tu m'attends sans espoir, Et mon unique envie

Est de te voir,

De te revoir.

Que me veut cet oiseau qui chante?

Que voulez-vous, petites fleurs?

Mon amie est absente,

Laissez couler mes pleurs !

Chère âme de ma vie, Tu m'attends sans espoir, Et mon unique envie

Est de te voir,

De te revoir.

N'est-ce pas ta voix qui m'appelle Dans le vent qui vient du nord-est ?

Comme une barque frêle

Mon cœur manque de lest*

Chère âme de ma vie, Tu m'attends sans espoir, Et mon unique envie

Est de te voir,

De te revoir.

Vents, remettez-vous en voyage, Prenez le chemin le plus court,

Portez-lui mon message,

C'est un soupir d'amour.

Chère âme de ma vie, Tu m'attends sans espoir, Et mon unique envie

Est de te voir,

De te revoir.

Pigeons blancs, traversez l'espace, Et portez-lui, sans vous poser,

Ces mots que ma main trace,

Une fleur, un baiser.

Chère âme de ma vie, Tu m'attends sans espoir, Et mon unique envia'

Est de te voir,

De te revoir.

MONSIEUR DE VIRALŒIL

Connaissez-vous monsieur de Viralœil, Vieillard galant dont les mots font fortune?

Souple, futé, vif comme un écureuil, Il connaît bien ses quartiers de la lune.

Quoiqu'il ait des goûts inconstants, Il règle on ne peut mieux sa vie, Il ne prend pas à contre-temps Sa canne ni son parapluie.

Oh ! le gentilhomme, ô gué l Quel diplomate distingué !

Il applaudit, quoi qu'il arrive; Il saura bien trouver le gué, S'il faut passer à l'autre rive.

II faut le voir, ce coq de l'alentour, Se pavaner aux lieux où Ton parade!

A chaque dame il fait un doigt de cour, De droite à gauche il décoche une œillade.

Avec son frac, ses gants fanés,

Son fin jabot de mousseline,

Sa badine et son pince-nez,

C'est une élégante ruine !

Oh ! le gentilhomme, ô gué !

Quel diplomate distingué Il applaudit, quoi qu'il arrive ; Il saura bien trouver le gué, S'il faut passer à l'autre rive.

De ses enfants il ignore, dit-on,

Le nombre, l'âge et le sexe ; peut-être Aurait-il fait un mari du bon ton ; Hélas ! Thymen ne fut jamais son maître.

Cela n'a pas tenu qu'à lui ;

D'ailleurs il a trouvé commode

De chasser le gibier d'autrui;

Vice élégant fort à la mode.

Oh ! le gentilhomme, 6 gué!

Quel diplomate distingué !

D applaudit, quoi qu'il arrive ; Il saura bien trouver le gué, S'il faut passer à l'autre rive.

En politique, il n'a jamais eu tort, Mettant toujours une aisance parfaite A se ranger du côté du plus fort.

Avant le soir même de la défaite .

Son grenier cache vingt portraits

Dont on retrouve la nuance

Sur sa perruque et dans ses traits

Avec un petit air régence.

Oh ! le gentilhomme, ô gué !

Quel diplomate distingué !

Il applaudit, quoi qu'il arrive ; Il saura bien trouver le gué, S'il faut passer à l'autre rive.

Lorsque la mort touchera le vieillard Le lendemain d'un repas d'étiquette, Les gens bien nés suivront son corbillard En escarpins, en légère toilette.

Un beau parleur l'embaumera

Dans une phrase académique,

Et sur sa tombe on posera

Un pot de fleurs de rhétorique.

Oh ! le gentilhomme, ô gué !

Quel diplomate distingué !

Il applaudit, quoi qu'il arrive;

11 saura bien trouver le gué.

S'il faut passer à l'autre rive.

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