‹ Chants et poésiesChapitre 187 sur 204 · L'ÉCURIE · texte numérisé non relu

L'ÉCURIE

J'éteins ma pipe et j'entre à l'écurie.

Il ne faut pas incendier le foin ;

Comme en un bois, ou dans une prairie, Je veux m'étendre et rêver dans ce coin.

La paille luit; elle est dorée et fraîche, Jusqu'au fumier qui n'est pas déplaisant.

Le foin, le trèfle et la luzerne sèche, Embaument l'air d'un parfum bienfaisant.

Lieu de repos pour l'homme et pour la bête, Dont fut épris plus d'un peintre flamand, Je redemande à ton ombre discrète La paix du cœur et le recueillement.

J'entends le bruit régulier des mâchoires :

Lèvres et dents tirent au râtelier; Naseaux ouverts font ronfler les mangeoires, Le sol s'ébranle au choc des coups de pied.

La queue aux flancs fouette et chasse la mouche; Oreille droite ou basse, œil trouble ou clair, Peignent la bête ou tranquille ou farouche»

Car les chevaux avant tout ont du flair.

Lieu de repos pour l'homme et pour la bête, Dont fut épris plus d'un peintre flamand, Je redemande à ton ombre discrète La paix du cœur et le recueillement.

De l'araignée, aux poutres, aux solives, La toile brille ou pend en longs réseaux, Pour épargner tant de blessures vives Que fait la mouche à ces pauvres chevaux; J'entends crier les becs des hirondelles Qui font ici leurs nids en sûreté :

Tête petite entre deux longues ailes, De noir, de blanc, le corps tout velouté.

Lieu de repos pour l'homme et pour la bête, Dont fut épris plus d'un peintre flamand, Je redemande à ton ombre discrète La paix du cœur et le recueillement.

Le chat paraît au seuil de l'écurie, Éclairant tout avec ses yeux cuivrés,

DE PIERHE DUPONT. 431

Prêtant l'oreille à la souris qui crie

Et détirant ses ongles acérés.

Sainte nitouche, il entre à pas de moine,

Guette sa proie et fond comme un limier;

Poules et coqs cherchent un grain d'avoine

Parmi la paille, et grattent le fumier.

Lieu de repos pour l'homme et pour la bête, Dont fut épris plus d'un peintre flamand, Je redemande à ton ombre discrète La paix du cœur et le recueillement.

Au beau milieu pend un falot do toile, Noir de poussière, usé de vétusté, Le charretier y voit luire une étoile Quand les chemins sont dans l'obscurité.

te vieux harnais, des housses éclatantes, Sont pêle-mêle accrochés, entassés, Et le soleil, pénétrant par les fentes, Dore le tout de rayons cadencés.

Lieu de repos pour l'homme et pour la bête, Dont fut épris plus d'un peintre flamand, Je redemande à ton ombre discrète La paix du cœur et le recueillement.

Un charretier apporte de l'eau claire, Abreuve, lave, étrille les chevaux.

Je prends plaisir à le regarder faire, Tant de gaîté naît des simples travaux.

Près de la porte, une fille regarde, Forte de hanche, avec un gros chignon ; .

Rien qu'à son air, on voit bien qu'il lui tarde Que ce garçon ne soit son compagnon.

Lieu de repos pour l'homme et pour la bête, Dont fut épris plus d'un peintre flamand, Je redemande à ton ombre discrète La paix du cœur et le recueillement.

Page 1