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LA BLONDE

Rêvez un frêle paysage

De bruyères et de bouleaux.

Dont flotte au vent le blanc feuillage,

Comme l'écume sur les flots ;

Et sous cette ombre échevelée,

Rêvez, plus gracieuse encor

Que les bouleaux de la vallée,

La vierge aux longues tresses d'or.

Jour et nuit, blanche et blonde, elle erre ; Ses yeux bleus se noyant de pleurs, Fille du ciel et de la terre, Sœur des étoiles et des fleurs.

Sur son passage tout l'admire Et tout la chante d'une voix ; Brisons la guitare et la lyre, Ses musiciens sont les bois ; La bête sort de sa tanière, L'oiseau de son nid pour la voir ; L'étang, la source et la rivière, Lui présentent leur bleu miroir.

Jour et nuit, blanche et blonde, elle erre ; Ses yeux bleus se noyant de pleurs, Fille du ciel et de la terre, Sœur des étoiles et des fleurs.

On dit qu'avec les astres même, La nuit, elle a de longs discours ; Un autre vous dira qu'elle aime, Sans rien conter de ses amours.

Ch ! ce n'est point sous vos ombrages,

46 CUANTS ET POÉSIES

Bouleaux, sapins, genévriers, Que nichent ses amours sauvages :

Son cœur est loin de nos sentiers.

Jour et nuit, blanche et blonde, elle erre; Ses yeux bleus se noyant de pleurs, Fille du ciel et de la lerre, Sœur des éttfiles et des fleurs.

Elle aime sous l'ombre mystique Des palmiers d'or qui sont au ciel, Et sa vie est un long cantique Qui fuit loin du monde réel.

Ange, vous êtes une femme, Le ciel est peut-être à vos pieds; Choisissez entre mille une âme Qui vous aime et que vous aimiez.

Jour et nuit, blanche et blonde, elle erre, Ses yeux "bleus se noyant de pleurs, Fille du ciel et de la lerre, Sœur des étoiles et des fleurs.

LA CHATAINE

Reine de France et de Navarre, D'Europe et de tous les pays, Ma châtaine est un oiseau rare Qui niche surtout à Paris.

On la connaît de par le monde Pour les flèches de ses doux yeux; On la dit brune, on la dit blonde, Moi, je la place entre les deux.

Elle est changeante, ma châtaine, Gomme les reflets du lézard, Et le charme de son regard Est un filet qui vous enchaîne.

Est-il une taille mieux prise, Un pied fluet plus doux à voir»

Une forme plus indécise Sous les dentelles du peignoir?

Qu'un amoureux transi soupire Et s'égare en vœux imprudents.

Son musical éclat de rire Dans leur écrin montre ses dents.

Elle est changeante, ma châtaine»

Comme les reflets du lézard, Et le charme de son regard Est un filet qui vous enchaîne.

A la valse elle est Allemande, Russe à la danse, Anglaise au sport, A ses yeux chinois en amande, En Espagnole, aime à la mort.

Elle chante à l'italienne ; Elle est aimée en son boudoir; Au bain, c'est une Athénienne, Une Française à son miroir.

Elle est changeante, ma châtaine, Gomme les reflets du lézard, Et le charme de son regard Est un filet qui vous enchaîna.

Oh! quelle est bien la fille d'Eve Qui flatte et trompe le désir; C'est la réalité du rêve, Pourtant nul ne peut la saisir, A cheval, jouteur intrépide !

Poursuis Armide au fond du bots; Plus qu'une biche elle est rapide Et met le jouteur aux abois.

Elle est changeante, ma châtaine, Comme les reflets du lézard, Et le charme de son regard Est un filet qui vous enchaîne.

Cherchez! peut-être échauffe-t-elle Les pieds du pauvre dans son sein ; Ou, comme Jeanne la Pucelle, Peut-être a-t-elle on beau dessein :

Un ange lui fait voir la lance, L'armure bleue et le cimier Qui sauveront un jour la France, Un autre jour le monde entier.

Elle est terrible, ma châtaine, Comme l'aspect d'un étendard, Et le charme de son regard Est un clairon qui nous entraîne.

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