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LES PINS

Écorché par les vents d'hiver, Martyr des hauteurs et des grèves»

Le pin est ramant du désert,

Le pin est l'arbre des grands rêves.

J'aime ce parfum de la poix ; J'aime cette tige mouvante ; L'horreur sombre de ces grands bois M'inspire une chaste épouvante ;

Quand le. vent dans les pins gémit, Le vieil Homère croit entendre Un peuple assemblé qui frémit ; Mon âme tressaille à ce bruit, Je n'ai jamais pu m'en défendre.

Sous ces grands fûts vous promenant,

L'inspiration vous harcèle ;

J'aime ce tapis frissonnant

Que le vent sans cesse amoncelle;

En bas, ce sont des lapins gris ;

En haut, un écureuil rougeâtre,

Mordant avec de petits cris

La pomme qui fait flamber Faire.

Quand le vent dans les pins gémit, Le vieil Homère croit entendre Un peuple assemblé qui frémit; Mon âme tressaille à ce bruit, Je n'ai jamais pu m'en défendre.

Ce fut Gybèle qui planta

Cet arbre farouche et stoïque

Qui, depuis, follement prêta

Son mystère à l'orgie antique.

Sous ce bel ombrage azuré

Je vois Bacchus et ses bacchantes,

Mais Orphée y fut lacéré

Aux lueurs des torches sanglantes.

Quand le vent dans les pins gémit, Le vieil Homère croit entendre Un peuple assemblé qui frémit ; Mon âme tressaille à ce bruit, Je n'ai jamais pu m'en défendre.

Lu

Le pin, c'est le colon hardi Qui sur les flots de sable empiète ; C'est le grand mât qui se roidit Contre les coups de la tempête.

Dans les sables, dans le rocher, Sa racine laborieuse Jusqu'au sein de Dieu va chercher Une sève mystérieuse.

Quand le vent dans les pins gémit, Le vieil Homère croit entendre Un peuple assemblé qui frémit; Mon âme tressaille à ce bruit, Je n'ai jamais pu m'en défendre.

Me promenant sur les hauteurs A je ne sais quel rêve en butte, Je découvris, dans les senteurs D'un bois de pins, une cahute ; Une vieille, — elle avait cent ans,- Se plaisait en ces lieux arides, Gardant la verdeur du printemps Sous l'écorce rude et les rides.

Quand le vent dans les pins gémit, Le vieil Homère croit entendre Un peuple assemblé qui frémit ; Mon âme tressaille à ce bruit, Je n'ai jamais pu m'en- défendre.

La vieille me dit : Mon enfant, J'ai soif, c'est une grande peine* Et l'âge avancé me défend De descendre vers la fontaine.

Je courus, j'apportai de l'eau, La vieille but et me fit boire ; Alors son regard fut si beau Qu'à peine encore j'y peux croire.

Quand le vent dans les pins gémit, Le vieil Homère croit entendre

Un peuple assemblé qui frémit; Mon âme tressaille à ce bruit, Je n'ai jamais pu m'en défendre.

Soudain, ses rides s'effaçant,

Je vis un jeune figure,

Un teint de lis et rougissant,

Une taille, une chevelure :

C'était la Vénus de Milo

Ule dévoilant son torse antique 1

Sous les pins bleus j'ai bu de l'eau

A la fontaine poétique.

Quand le vent dans les pins gémit, Le vieil Homère croit entendre Un peuple assemblé qui frémit ; Mon âme tressaille à ce bruit, Je n'ai jamais pu m'en défendre.

Jïcpiam mémento rebw m arduis Servarc mentem...

Hobace.

Garde ton âme égale au milieu des traverses.

Quand les soucis fréquents et les peines diverses S'abattraient sur ton cœur pour le mettre en lambeaux, Gomme sur un cadavre un essaim de corbeaux; Oppose aux becs vaincus ton âme cuirassée :

Dans une tour d'acier retranche ta pensée.

Ton corps est vulnérable et ton cœur est de chair; Ta pensée, en revanche, est plus libre que l'air. Quand tu verrais ton corps traîné sur une claie, Et ton cœur déchiré ne fût-il qu'une plaie, Tiens ton âme sereine au-dessus des douleurs, Et, par prévision, jouis de jours meilleurs.

Car une voix tonnante au fond de tes entrailles Te dit qu'après la vie, après les funérailles, Ton âme trouvera, tous ses liens brisés, Une joie infinie à d'immortels baisers.

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