‹ Chants et poésiesChapitre 26 sur 204 · LE DAHLIA BLEU · texte numérisé non relu

LE DAHLIA BLEU

Où donc s'envolent vos semaines?

Pourquoi, soucieux jardiniers, Ce surcroit de soins et de peines?

Vos jardins sont des ateliers Où vous tissez des fleurs humaines.

fleurs divines d'autrefois!

Lis et roses, fuyez aux bois ; Bluets, pervenches, violettes, Myosotis, vivez seulettes,

Sous l'œil de Dieu; Ils rêvent le dahlia bleu.

Qu'il faudrait une main savante Pour semer à son gré l'azur Qui des deux colore la tente, Se réfléchit dans un flot pur, Et dans mille fleurs nous enchante !

Toute fleur qui nous laisse voir Le bleu du ciel dans son miroir, Bluet, pervenche, violette, Myosotis, éclôt seulette Sous lœil de Dieu :

lis* rêvent le dahlia bleu.

Autour des valses, des quadrilles, Des rondes et des jeux du soir, Où se pressent les jeunes filles, Rôde un spectre vêtu de noir Qui censure les plus gentilles.

Vous n'êles rien, frêles beautés, Au prix des rêves enchantés Qui tourbillonnent dans sa tète.

Nulle part il ne voit compléta

L'œuvre de Dieu, rêve le dahlia bleu.

Voyez les rondes, les dimanches,

Sous les vieux noyers des hameaux !

Ces enfants ou brunes ou blanches

Sont les myosotis des eaux

Ou les bluets ou les pervenches.

Voyez dans le bal animé

Ces enfants qui n'ont pas aimé;

Pâles comme les violettes,

Peut-être au sein de ces fleurettes,

Filles de Dieu, Se cache le dahlia bleu !

Page 1