‹ Chants et poésiesChapitre 30 sur 204 · LA FILLE DU PEUPLE · texte numérisé non relu

LA FILLE DU PEUPLE

Sous les haillons et sous la bure.

Qui n'a vu sourire une fois, Entre dix mille, une figure Plus fraîche que l'eau dans les bcis?

Qui n'a, sur le croulant abîme De l'infamie et des douleurs, Surpris dansante une victime Plus délicate que les fleurs?

Oiseau sans nid, fleur sans racine, Cœur aimant qui cherchez un coeur, Racontez-moi votre origine :

N'êtes-vous pas aussi ma sœur?

Enfant de Dieu, qu'elle est souffrante!

La pauvreté meurtrit sa chair, Qui, de limpide et transparente, Devient rude et noircit à l'air : Des cités aux champs la poussière, La fange, les chardons sanglants, Et tous les venins de la terre Mordent et rongent ses pieds blancs.

Oiseau sans nid, fleur sans racine, Cœur aimant qui cherchez un cœur, Racontez-moi votre origine :

N'êles-vous pas aussi ma sœur?

Hélas ! quand sa beauté résiste Aux outrages inférieurs, Son printemps n'en est pas moins triste, Ses matins n'en sont pas meilleurs.

Que de vipères et d'embûches S'entrecroisent à ses talons!

Autour du trésor de ses ruches, Quel bourdonnement de frelons !

Oiseau sans nid, fleur sans racine, Cœur aimant qui cherchez un cœur.

Racontez-moi votre origine :

N'êtes-vous pas aussi ma sœur?

Qu'une invisible sentinelle Veille au seuil de voire réduit!

Usez plutôt votre prunelle Aux lueurs des lampes de nuit :

Trempez de sueur et de larmes Votre pain noir de tous les jours, Plutôt que de livrer sans armes Vos amours frêles aux vautours.

Oiseau sans nid, fleur sans racine, Cœur aimant qui cherchez un cœur, Racontez-moi votre origine :

N'êtes-vous pas aussi ma sœur?

Celle de qui l'âme se donne Pour des bijoux et pour de l'or Se prépare un brumeux automne, Un hiver plus sinistre encor !

Le jour où sa beauté s'envole Avec l'essaim des jouvenceaux, La voyez-vous, la pauvre folle!

Grossir de pleurs l'eau des ruisseaux?

Oiseau sans nid, fleur sans racine, Cœur aimant qui cherchez un cœur, Racontez-moi votre origine :

N'êtes-vous pas aussi ma sœur?

Mais l'héroïne qui se garde De tout injuste ravisseur Est sacrée, et Dieu la regarde Avec des yeux pleins de douceur.

Un souffle emporte Geneviève A la rencontre d'Attila :

Jeanne la Pucelle se lève ;

Saxons et Normands, halte-là !

Oiseau sans nid, fleur sans racine, Cœur aimant qui cherchez un cœur, Racontez-moi votre origine :

N'êtes-vous pas aussi ma sœur?

Fille du peuple, sœur aimée, Qui veillez à tous les grabats ; Qui, dans le sang et la fumée, ' Arrachez leur proie aux combats; Que votre joyeux règne advienne.

Qu'on brise les fers à vos pieds, Et que Ton vous couronne reine Avec du myrte et des rosiers !

Oiseau sans nid, fleur sans racine, Cœur aimant qui cherchez un cœur, Racontez-moi votre origine :

N'êtes-vous pas aussi ma sœur?

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