LA JEUNE FILLE D'INSPRUCK
Sur h haute branche De l'épine en fleurs,
DE PIERRE DUP03T. iÙ\
La fauvette épanche Au vent ses douleurs.
Le matin, elle avait encore Un nid au-dessus des buissons, Un nid qui jetait à l'aurore Sa part de joyeuses chansons :
Mais, depuis l'aube, une ingénue Aimant les fleurs, aimant les niJs, Jusqu'à ces buissons est venue, Où nids et fleurs sont réunis.
Sur la haute branche De l'épine en fleurs, La fauvette épanche Au vent ses douleurs.
La vierge à l'humeur enfantine, Capricieuse dans ses vœux, Cueillit d'abord de l'aubépine Pour en mêler à ses cheveux; Le nid de la branche élevée Excita son jeune désir.
Iïélas ! l'innocente couvée A gazouiller prenait plaisir.
Sur la haute branche De l'épine en fleurs, La fauvette épanche Au vent ses douleurs.
Voyant que la branche était haute, L'enfant se pendit aux rameaux, Sans songer que c'est une faute D'arracher aux nids leurs oiseaux.
La mère s'était envolée, De ses plaintes remplissant l'air.
Or, sous l'aubépine étoilée, Dormait un lac profond et clair.
Sur la haute branche
De l'épine en fleurs, La fauvette épanche Au vent ses douleurs.
En atteignant au nid de mousse, Son beau corps avait fait ployer L'aubépine, dont la secousse La fit tomber et se noyer.
Le soir on l'avait retrouvée, Sous l'azur, sur le sable d'or; Tenant encore la couvée, Elle semblait vivante encor.
Sur la haute branche De Tépine en fleurs, La fauvette épanche Au vent ses douleurs.