‹ Chants et poésiesChapitre 87 sur 204 · LE PAIN · texte numérisé non relu

LE PAIN

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Quand dans l'air et sur la rivière Des moulins se tait le tic-lac, Lorsque l'âne de la meunière Broute et ne porte plus le sac, La famine, comme une louve, Entre en plein jour dans la maison; Dans les airs un orage coure, Un grand cri monte à Fhorizon.

On n'arrête pas le murmure Du peuple, quand il dit : J'ai faim; Car c'est le cri de la nature :

Il faut du pain !

La faim arrive du village Dans la ville par les faubourgs Allez donc barrer le passage Avec le bruit de vos tambours !

Malgré la poudre et la mitraille, Elle traverse à vol d'oiseau, Et sur la plus haute muraille Elle plante son noir drapeau.

On n'arrête pas le murmure Du peuple, quand il dit: J'ai faim; Car c'est le cri de la nature :

Il faut du pain !

Que feront vos troupes réglées r La faim donne à ses bataillons

Des armes en plein champ volées, Aux prés, aux fermes, aux sillons :

Fourches, pelles, faux et faucilles ; Dans la ville, au glas du tocsin, On voit jusqu'à des jeunes filles Sous le fusil broyer leur sein.

On n'arrête pas le murmure Du peuple, quand il dit : J'ai faim; Car c'est le cri de la nature :

Il faut du pain !

Arrêtez dans la populace Ceux qui portent fusils et faux ; Faites dresser en pleine place La charpente des échafauds ; Aux yeux des foules consternées, Après que le couteau sanglant Aura tranché leurs destinées, Un cri s'élèvera du sang.

On n'arrête pas le murmure Du peuple, quand il dit : J'ai faim; Car c'est le cri de la nature :

11 faut du pain !

C'est que le pain est nécessaire Autant que l'eau, 1 air et le feu.

Sans le pain on ne peut rien faire ; Le pain est la dette de Dieu.

Mais Dieu nous a payé sa dette :

A-t-il refusé le terrain ?

Le soleil luit sur notre tête, Et peut toujours mûrir le grain.

On n'arrête pas le murmure Du peuple, quand il dit : J'ai faim ; Car c'est le cri de la nature :

Il faut du pain!

La terre n'est pas labourée, Et le blé devrait, abondant, Jaunir la zone tempérée, Et du pôle au tropique ardent.

Déchirons le sein de la terre, Et, pour ce combat tout d'amour, Changeons les armes de la guerre En des instruments de labour.

On n'arrête pas le murmure Du peuple, quand il dit : J'ai fa' m ; Car c'est le cri de la nature :

Il faut du pain !

Que nous font les querelles vaines Des cabinets européens ?

Faudrait-il encor pour ces haines Armer nos bras cyclopéens?

Du peuple, océan qui se rue, Craignez le flux ou le reflux ; Donnez la terre à la charrue, Et le pain ne manquera plus

On n'arrête pas le murmure Du peuple, quand il dit : J'ai faim; Car c'est le cri de nature :

Il faut du pain !

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