LA CHANSON DU BLÉ
C'est par grand soin et grand courage Qu'on fait aux champs venir le blé, A la sueur de son visage Et. le corps du soleil brûlé :
De ses ongles gratter la terre, Être sans trêve à la merci De pluie ou vent, grêle ou tonnerre, Du laboureur c'est le souci.
Chemine, chemine, Pauvre paysan ! Travaille et rumine, Sinon ta ruine Est au bout de Tan.
La terre à peine reposée Est échauffée avec l'engrais, Dans le brouillard et la rosée Labourez et semez après.
Ce travail du semeur exerce Homme, grands bœufs, ânes, chevaux , Le rouleau passe avec la herse, Laissant du grain pour les corbeaux.
Chemine, chemine, Pauvre paysan!
Travaille et rumine, Sinon ta ruine Est au bout de Fan.
Les corbeaux amènent la neige, Mais ne craignons rien des hivers:
Celte blanche hermine protège Et tient chaudement les blés verts.
C'est ainsi qu'aux yeux toujours dure De Dieu la vivante bonté :
Du blé la naissante verdure En liiver annonce l'été.
Chemine, chemine, Pauvre paysan !
Travaille et rumine, Sinon ta ruine Est au bout de Tan.
Du printemps à la canicule,
Rien n'est beau comme un champ de blô,
Quand la sève en l'herbe circule,
Quand l'épi de lait est gonflé ;
Le sol où frissonnent la paille
Et les rouges coquelicots
Est comme une armée en bataille
Où brillent lances et shakos.
Chemine, chemine.
Pauvre paysan !
Travaille et rumine, Sinon ta ruine Est au bout de Fan.
Le malin esprit glisse en fraude,
Au moment de la floraison,
Dans les blés couleur d'émeraude,
Rougeole et nielle à foison ;
L'ivraie et le pavot superbe,
Les bluets doux comme des yeux *
DE PIERRE DUPONT. Î9t
Paysannes, partez à l'herbe Avec vos grands tabliers bleus 1
Chemine, chemine, Pauvre paysan !
Travaille et rumine, Sinon ta ruine Est au bout de Tan.
Le lion rugit solitaire Au ciel enflammé, les sillons Que juillet de ses feux altère Sont noyés de fauves rayons.
La paille avec peine balance Ses épis lourds chargés d'or fin :
Voici la moisson qui s'avance, Sa grande faucille à la main !
Chemine, chemine, Pauvre paysan !
Travaille et rumine, Sinon ta ruine Est au bout de Tan.
Fuyez, gentilles alouettes, Désertez, cailles et perdrix !
Nous allons couper vos retraites, Nous emportons vos blonds épis f Au milieu des éclats de rire, Buvant du vin, mangeant du lard:
Que nul en secret ne soupire; Car la glaneuse en a sa part.
Chemine, chemine, Pauvre paysan !
Travaille et rumine, Sinon ta ruine Est au bout de l'an.
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