ENVOI A GAVARNI
Sur son tableau : Le Jour de Van de Vouvrier. .
Sous des ais de charpente, en des murs bien bâtis, Je vois un atelier et de simples outils :
L'engrenage, le tour, l'étau, le T, Péquerre, (le qui mesure, broie, assouplit la matière.
Devant son établi, debout, un grand vieillard Qui porte sur son front les soucis de son art, Dont au premier aspect la physionomie Tempère la finesse avec la bonhomie, Supporte doucement sur son dos mi-voûté Son fils, homme de fer, doux et plein de fierté.
Une enfant déjà grande et sa mère, deux anges,
Dissemblables beautés et vertus sans mélanges,
Présentent parla main et sur le premier plan
Deux beaux petits garçons. Le premier jour de Tan
Se devine aux jouets qu'ils montrent au grand-père.
Le vieillard, affectant une mine sévère,
Cache derrière soi, pour les montrer après
Avec plus de plaisir, des joujoux qu'il tient prêts :
C'est un moulin à vent aux deux ailes croisées,
Avec un bilboquet. Oh ! les douces visées
Qui naissent dans l'esprit de ces naïfs parents !
Les moins enfants, je crois, ne sont pas les plus grands.
Un artiste railleur dont le crayon s'aiguise
Sur le déshabillé de mainte Cydalise,
Par un contraste heureux qui retrempe son cœur
Et donne à son talent une jeune vigueur,
A buriné ces traits où vit tant d'espérance,
Où d'une belle eau bleue on voit la transparence.
Que d'avenir sommeille en ce tableau pieux !
Il met du baume à l'âme et repose les yeux.
Les enfants élevés dans cette humble atmosphère,
Gavarni! seront grands sans sortir de leur sphère.
Cette fête naïve et ce recueillement
Font aimer le travail. Ce bel enseignement
A découlé sans art de ton heureux génie,
Qui laisse reposer un instant l'ironie.
C'est le cœur tout empreint de ta douce leçon
Que je l'ai dédié celte frêle chanson.