LA FAMILLE
TZAVELLAS.
•Doi
Sur l'arche d'un vieux pont , un oiseau se lamente : « Cruel Pacha , dit-il , vois ces sauvages lieux *, » Du lac de Janina ce n'est point l'eau dormante )) Qu'attire en tes jardins un art industrieux, » Et qui s'élance en jets sous une urne écumante•, » Ce n'est point Prévésa , dont s'élève à tes yeux
» L'enceinte de meurtres fumante 5
» C'est ici l'âpre mont Souli ,
» Mont fameux, redouté d'Aly, » Mont terrible , où. tout s'arme , et les fils , et les pères,
)> Leurs sœurs , et leurs brus , et leurs mères ;
» Où, parmi les pâtres soldats,
» Ο magnanime Tzavellasî
» Ton épouse, en vain assaillie, » Tient son enfant d'un bras , de l'autre un sabre nu. » Du poids d'un long mousquet, par des nœuds soutenu,
» Son épaule est enorgueillie•, » Et le pan de sa robe , en dégageant ses pas , )> Tablier ondoyant, au genou se replie » Sur la poudre et le plomb qu'elle porte aux combats. »
NOTICE
Deux traits poétiques caractérisent cette composition : le langage fictif d'un oiseau qui expose le sujet et détermine le lieu ; puis , le portrait hardiment dessiné de l'héroïne qui marche à l'action annoncée. On reverra souvent dans ces chants les oiseaux introduits en témoins des faits et en interlocuteurs. Moscho ? femme de Tzavellas , est présentée ici comme une vivante image de la Grèce pastorale et«armée. Le texte dit qu'elle porte d'un bras son nourrisson , de l'autre ses armes , et des cartouches dans son tablier. Je n'ai pas cru devoir effacer ces traits simples et vrais : ils peignent bien, donc ils sont poétiques.