CHANSON ORIENTALE
DU POETE HAFEZ.
Printemps et rose parfumée , Sans le léger zéphir , sans le tendre souris D'une compagne bien aimée , Perdent leur prix.
ι77 Ruisseau, les bords où tu te joues, Les enclos ombragés , et les bosquets fleuris , Sans belles aux vermeilles joues , Perdent leur prix.
L'incarnat des lèvres charmantes , Sans l'amour , sans le miel des doux baisers surpris , Et sans voluptés soupirantes , Perd tout son prix.
Le cours de l'onde qui serpente , Les bois se balançant en mobiles abris , Sans le rossignol qui les cbante , Perdent leur prix.
Les jardins , les fleurs , le vin même , Ces biens délicieux dont nos sens sont épris , Dans l'absence de ce qu'on aime Perdent leur prix.
Auprès de la beauté nubile Qu'anime la fraîcheur d'un brillant coloris , L'art du pinceau le plus habile Perd tout son prix.
La vie à Γογ est comparable 5 Si je ne la dépense au gré des jeux , des ris , Sa trame , frêle et peu durable , N'a plus de prix.
NOTICE
L'esprit de ce texte asiatique sort de l'édition du voyage en Arménie et en Perse de M- Amédée-Joubert , secrétaire interprète du roi , et professeur de langues orientales. Ce voyageur, qu'avaient vu Constantinople et le Caire dans ses missions politiques , a passé comme une flèche dans l'Asie ; il en a rapporté l'image des moeurs libres des Kourdes nomades et guerriers , celle des voluptueuses cours de Téhéran , l'honneur des beaux actes de son courage personnel et une ravissante chanson anacréontique : car le nom d'Anacréon se mêle à tout ce qui est gracieux. C'est un avis aux vieillards jaloux de se faire long-temps aimer. Peut-être vieillirai-je ; alors , il me sera doux de penser que si le chant du poëîe persan que je cite put avoir des échos en France, quelques-unes de nos poésies nationales pourront être répétées jusques dans les cours persanes.
Mais ce qui me flatterait le plus , serait le souvenir d'avoir contribuéà la consécration des martyrs d'une juste et noble cause et aux consolations des compatriotes de ces Grecs qui, tels que le hardi Canaris, se jurent de brûler des flottes incendiaires, et accomplissent la vengeance de Chio et de Psara, au risque de leur vie. J'ai respecté scrupuleusement l'esprit des chants hellènes, et ne me suis permis d'y entremêler que les liens nécessaires aux transitions que leur brusque vivacité rendrait inintelligibles dans nos vers. Dès que paraîtra le second volume de M. Fauriel, et que j'aurai la communication des autres monumens qu'on recueille, je continuerai d'en choisir les
morceaux les plus saillans , et mon zèle mettra le même soin à les traduire, si je le puis, sans les trahir. Heureux si ma faible plume accélère et seconde l'essor du génie de la liberté grecque . Je lui souhaite pour seuls appuis Dieu , la vertu , des armes , des vaisseaux , les premiers fonds d'une industrie active et l'enthousiasme des arts, n'invoquant pour elle, d'un ton chevaleresque, aucune croisade auxiliaire des autres puissances , qui feindraient de la protéger pour se disputer l'héritage reconquis par son héroïsme : car l'expérience détruit nos illusions et nous aide à prévoir : la mienne m'apprit à douter qu'il y ait encore* une haute Politique dont la générosité sente l'avantage de défendre les droits humains et les opprimés, pour eux-mêmes. Une telle Politique ferait penser à tous les princes , à toutes les cours , que la Grèce , érigée en état indépendant et conforme aux autres états européens , leur offrirait une alliance guerrière , navale et commerciale, plus profitable , plus en accord avec leurs religions , leurs loix et leurs intérêts , que celle du barbare et hérétique empire Ottoman.