SOULI
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Loin des rocs de Souli , précipitant son aile , Vole au sein de Parga , dernière soeur fidelle ,
Un oiseau, de crainte abattu :
« D'où viens-tu, légère hirondelle?
» Hirondelle agile, où vas-tu?
» — Je fuyais de Souli : la voix des Francs m'appelle, » — Dis-moi ce que devient la cité fraternelle?...
» — Le sort a trahi sa vertu.
» Des succès du croissant désastreuse nouvelle! » Comment te la redire?... ah! tu dois la pleurer. » Aly brûle ses murs : et seul encor terrible )) A cinq cents ennemis qui l'osaient entourer, » Samuel, s'immolant, Caloyer invincible *, » Sur un volcan de soufre a su les dévorer. )>
* Ce moine courageux fit sauter le fort dans lequel il attira les officiers et l'élite de l'armée du Pacha, qu'il avait flattés de sa reddition volontaire.
NOTICE
J'ai dit que les rapsodes modernes savaient écarter l'horreur des choses les plus effrayantes qu'ils eussent à peindre. Cette pièce fournit l'exemple de cette délicatesse du génie. Combien de poètes auraient plongé leur lecteur dans le sang et dans le feu par la description du sac et de l'incendie des murs de Souli î Le chantre grec prête seulement la voix à une fugitive hirondelle , messagère gémissante de ce grand désastre. C'est ainsi que la vraie poésie n'oubliant jamais qu'elle fut créée pour plaire et toucher, passe en les effleurant sur les objets hideux , et ne rappelle à l'esprit que ce qu'ils ont de pathétique et de mémorable.
LA MORT
DE
LA MAGNANIME DESPO.
L'écho frappé résonne , et dans les airs troublés
Le plomb de cent mousquets siffle à coups redoublés :
Ces tubes, éclatant en joyeuse tempête,
De quelque heureux hymen proclament-ils la fête?...
Non, ce n'est point l'hymen, ni l'amour, ni leurs jeux,
Qu'annoncent l'arquebuse et le bruit de ses feux.
L'héroïque Despo combat avec ses filles
Contre les meurtriers d'héroïques familles :
« Rends-toi , Souli n'est plus ; » lui disent les Agas :
« Que défends-tu donc? les ruines
)) Des faibles tours de Dimolas.
» Tu n'es plus dans Souli, ville des héroïnes : » Sauve-toi du péril captive entre nos bras. » — Moi, céder aux bourreaux qu'engraissent les rapines ! » — Moi,merendre!...Ah!plutôtmourirdansnosravines! )> Si nos forts ont cédé, Despo ne fléchit pas. » Chef de tyrans abjects , vainement tu nous braves, » Dit-elle, et de ses brus soudain s'environnant : « Mes filles ! de ces Turcs pourrions-nous vivre esclaves ? » Non, suivez votre mère... » Un baril fulminant S'ouvre à la mèche en flamme , et mille ardentes laves Les enlèvent aux cieux sur un gouffre tonnant.
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NOTICE
Le sacrifice de Despo , semblable à celui du Caloyer cité dans l'autre pièce , est commun aux guerriers et aux amazones de la Grèce dont le désespoir préfère la mort à l'esclavage. Soixante mères de familles souliotes après avoir jeté leurs enfans dans les précipices, se jetèrent sur eux au pied des rochers pour se soustraire en mourant au joug des Turcs. La concision sublime avec laquelle est raconté le grand acte du courage de Despo en accroît l'effet dans l'imagination étonnée. Un pareil exemple vient de se renouveler dans l'île de Psara ; mais ce dernier coup , du moins ? a retenti dans l'Europe entière avec le bruit des éclatantes et promptes représailles de la Grèce tout émue à ce signal des fureurs de ses ennemis.