LA NOCE
BU
FILS DE ZIDROS.
Zidros, vieux défenseur des monts thessaliens, Consacrant de son fils la nuptiale flamme , Convie au loin les chefs à fêter ses liens.
Lapas n'est point compté , lui , l'enfant de son ame ! Les pasteurs en tribut amènent leurs béliers Parés, sous des rubans, de sonores colliers-,
Lapas, qu'on oubliait, vient joindre à leurs offrandes Un cerf apprivoisé, levant son bois hautain, Et couronné sous For, les perles, les guirlandes, De grelots frappant l'air de leur son argentin.
La foule émue, inattentive,
N'aperçoit pas ce tendre soin ;
Mais, de Lapas mère adoptive, L'épouse de Zidros a vu son fils de loin :
<c Arrive, aimable enfant! arrive! »
Cria sa maternelle voix, « Des tapis aux primats! un tapis au convive » Qui revêtit un cerf d'un si brillant harnois! »
NOTICE
On croit lire une églogue de Théocrite en parcourant cette chanson : on s'imagine être soi-niême aux noces de ces belliqueux bergers , dont les usages dépeints avec autant de fraîcheur que de vivacité , se mêlent à une anecdote charmante et toute pastorale.
Zidros commandait ses Pallikares au canton d'Âlassona et dans les alentours, en Thessalie. L'intrépidité de ce Klephte devint si terrible pour les gardes albanais , qu'il fallut souvent doubler leur solde pour les décider à le combattre.
NIKOS
PONT DE PRAVL
Sur les rameaux d'un pin, que le vent balançait, Trois vigilane oiseaux, alignés dès l'aurore, Contemplent les sommets que sa clarté colore : L'un, regardant Pravi, se plaignait et disait,
Et se plaint et redit encore :
« L'assiégeant de Pravi lui-même est assiégé :
» iNikos, trois jours, trois nuits, dans les frimats plongé, » Sans pain , n'a d'aliment que l'ardeur des batailles , » S'abreuve de glaçons sous les feux ennemis ; » Et sous les coups pleuvans il soutient , sans murailles , » Ses guerriers, peu nombreux, par lui seul affermis.» Mais, à vaincre ou périr, enfin il les exhorte :
« Braves! en main le sabre! » a-t-il dit en marchant, « Que la chaîne du pont cède à l'acier tranchant. »
Il court , et sa valeur plus forte
Précipitant sur son chemin Les Turcs en vils troupeaux dispersés par sa main, Tout fuit; et Pravi s'ouvre, et le héros l'emporte.
NOTICE
Les trois oiseaux, significatifs des périls et des adversités , reparaissent encore ici :
« L'un, regardant Pravi , se plaignait et disait , » Et se plaint et redit encore : »
Ces retours des mêmes, expressions se rencontrent souvent dans les complaintes grecques. J'ai cru devoir conserver leur répétition en cet endroit , parce qu'elle tient à une formule particulière qui m'a paru gracieuse et nouvelle en notre langue, dont le génie propre et la souplesse , quoi qu'on en ait dit , se prêtent à toutes les imitations et à tous les emprunts , quand on sait la plier et quand on en cherche bien les ressources.
Le Thessalien Niko-Tzaras ne mérite pas moins de célébrité dans la mémoire que ses hardis prédécesseurs : il concourut partout aux entreprises formées pour la destruction d'Alj et pour l'affranchissement de la Grèce. Réduit , par l'épuisement de ses forces de terre et par l'abandon des Russes , à s'armer en pirate sur la mer Ionienne , il perdit la vie au mouillage de l'une des côtes de l'Epire. Un corps d'Albanais y rencontra ses gens qui s'approvisionnaient d'eau et de vivres ; sa valeur les dispersait déjà , lorsqu'un de ses propres pallikares , embusqué derrière un arbre , le tua d'un coup de fusil , par une cause de vengeance personnelle.
LE PAPAS EUTHTME.
Aux murs d'Eurypolis marche l'altier Visir, De sa horde albanaise il poursuit nos Hellènes. Euthyme, ô digne apôtre! il accourt te saisir; Il soumit ta famille , et t'attend dans ses chaînes. Où donc , vieillard lettré ! dans quels Um>t caches-tu Ta science profonde et ta mâle vertu?...
12fi
Sur nos collines, dans nos plaines,
Tout s'attriste et pleure ton sort :
Ces sentiers qui vers nous guidaient ton saint transport, Ces bois qu'ont traversés tes charités fréquentes, Ils te pleurent, hélas!... Elles pleurent ta mort,
Les fontaines où, sur ce bord, Aimaient à s'abreuver tes lèvres éloquentes!