‹ Chants héroïques des montagnards et matelots grecs (volume 3)Chapitre 28 sur 56 · L'AIGLE ET DU RAMIER · texte numérisé non relu

L'AIGLE ET DU RAMIER

Il est deux oiseaux , dont l'histoire Consacra le sublime élan :

L'Aigle à qui Rome dut sa gloire Et le Pigeon du Vatican :

L'un , espoir des Latins crédules , Sous ses foudres les aguerrit ; L'autre fait éclater l'esprit Du doux Evangile et des bulles.

Ayant guidé les fiers Césars Aux deux limites de la terre , L'Aigle , qui , sous leurs étendards , Voyait s'éteindre son tonnerre , Accusant l'oubli dangereux De son ambitieux augure , Du Saint-Esprit , avec injure , Grondait le Ramier doucereux.

« Naguères , des rives du Tibre

» Jusqu'aux sources qui versent l'or ,

» Je fis régner un peuple libre

» Sous mon victorieux essor.

» Partout sur l'Afrique et l'Asie

)) Mon aile fondait à sa voix ,

» Et la dépouille de cent rois

» Par mes ongles était saisie.

)) Terrible oiseau de Jupiter , *

» Toujours triomphant dans Forage , » J'entraînais Mars comme réclair 9 » Et mon vol guidait son courage.

» A ceux qui portaient mes signaux » Mes promesses étaient sincères ; » Et les barbares dans mes serres )> Tombaient ainsi que des agneaux.

» Oiseau d'une obscure naissance ,

» Retourne au nid de Bethléem ;

» Et , laissant Rome en ma puissance ,

» Va gémir dans Jérusalem :

» L'écho de ta douce parole

» Réside au Mont des Oliviers :

)> Fuis donc les orageux lauriers

» Des collines du Capitole.

» — * En vérité , je vous le dis ,

» Lui répond le Pigeon mystique ,

» Je crois mon divin Paradis

» Plus haut que votre Olympe antique.

» Votre vol , plus prompt que le mien 7 » S'écarta du but de sa gloire ; » Moi , lentement à la victoire » Je guide l'empire chrétien.

» Cesse tes mépris , Aigle altière !

» Ma patiente humilité

» Sait mieux prolonger sa carrière

» Que ton impétuosité.

» Déjà roi de tes sept collines 9

» Je m'y bâtis un colombier ;

» Et mon Apôtre est l'héritier

» Du temple orné de tes rapines.

» Ce nouveau palais de Sion ,

» Edifié sous mes auspices

» A sa haute prétention

» Promet dix âges plus propices.

» L'aurore et le couchant conquis

» Croiseront sous moi leurs bannières ,

» Et vaincront , sur mille frontières ,

» Plus d'hommes que tu n'en vainquis.

» Du mont Saturnien tu tombes -, » Devant les Goths toi-même as fui.

» Je n'ai que la voix des colombes , » Mais l'Esprit-Saint est mon appui.

» Grains qu'avec toi je ne divorce , » Aigle vaine et prête à périr !

» Sache que , pour tout acquérir , )> La douceur vaut mieux que la force.

» — Et tes bûchers ! » dit par trois fois

L'Aigle qu'agite sa colère ; Mais l'humble ramier sous la croix Se niche à l'abri de sa serre :

Ainsi maints dévots mielleux Courent au refuge du temple , En rabattant , à son exemple , Leur premier vol trop orgueilleux.

MAVROGÈNE,

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