‹ Chants héroïques des montagnards et matelots grecs (volume 3)Chapitre 40 sur 56 · FLEUVE · texte numérisé non relu

FLEUVE

Du haut d'un pont désert chante une femme en pleurs : Les pierres , tressaillant à cette voix plaintive, Se fendent dans le fleuve, ému de ses douleurs :

Son cours s'arrête; et, sur la rive, L'esprit du fleuve monte, et du milieu des eaux; « Jeune beauté , dit-il , interromps tes complaintes ,

« Et forme des accords nouveaux.

« — Ah! comment d'un cœur plein de craintes « Exhaler des accords plus doux?

« La mort menace mon époux.

« Mettre un lièvre au bercail , le traire en nos étables , « Ou trouver un remède à des maux incurables , « Même effort impossible ! et le Destin jaloux « Déjà consacre au deuil mes accens lamentables. »

NOTICE-

Tout est en fiction dans ce fragment agréable , çt tout s'y produit en image vive et touchante. Je ne sais par quel excès de délicatesse l'éditeur du texte a retranché de la chanson , et rejeté dans ses notes un vers qu'il trouve si étrange et si difficile à expliquer. Ce vers renferme sans doute un sens proverbial, et exprime seulement l'impossibilité de telle ou telle chose qu'on tenterait en vain. Je l'ai replacé dans ma traduction , comme trait spécial de l'idiome du pays.

Mettre un lièvre au bercail, le traire en nos é tables....

Ainsi nous dirions en langage familier : Vouloir cela , c'est vouloir prendre la lune avec les dents, les oiseaux avec du sel sous la queue. Il ne faut pas chercher d'autres mystères, d'autres finesses à ces locutions locales. Elles sont curieuses , mais peu faciles à rendre intelligibles dans nos vers; ce qui n'est pas une raison pour y renoncer : car notre poésie , bien travaillée , peut tout dire gracieusement , et mieux encore que notre prose.

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