A MA FEMME
Vive la gaité ! Telle est ma sagesse !
Que rien ne nous presse
De lui dire adieu 1 C'est plus que de l'oi% plus qu'une couronne ;
Gardons-la, mignonne,
Elle vient de Dieu.
Heureux le mortel qui, pour héritage,
Reçut en partage
Un joyeux refrain !
Plus le monde va, plus la boule tourne,
Plus vite il retourne
Vers un ciel serein.
L'aimable gaité, toute franche et ronde, Qui toujours débonde, S'échappe du cœur.
Rire de la tète est une sottise ; L'esprit qu'on attise N'est point le bonheur.
Sans les écouter, plaignons les poètes,
Les " douces musettes "
Pleurant nuit et jour.
L'un gémit le soir et l'autre aux matines —
Petits Lamartines,
Vous faussez l'amour.
La douleur réelle est moins légendaire,
Moins imaginaire,
Moins pleine d'efforts.
Beaux tils de vingt ans, vivez de courage :
Quand viendra l'orage,
Vous serez plus forts.
Chassez les soucis, les soupirs sans nombre,
Ce visage sombre
Malgré le beau temps.
Enfanl qui regrette... homme qui rumine...
Ah ! la triste mine !
Foin des mécontents !
Que font les chagrins d'un esprit morose !
Voyons tout en rose
Et tout ira bien.
Sans doute, la vie a mine traverses,
Des feux, des averses,
Pour Juif ou chrétien ;
Prenons notre part : c'est une échéance,
Soldons la créance,
Et n'en parlons plus !
Respirer galment dans leur atmosphère
Est facile affaire
Aux moins résolus.
Vive la gailé ! C'est elle, mignonne, Qui nous environne — Allons notre train !
A ton petit vieux, ma petite vieille, Tu riras, pareille, Au siècle prochain.