RALLIONS-NOUS
Saint-Jean-Baptiste ! un peuple se rassemble Pour incliner vers toi son noble front.
L'enfant, la femme et le vieillard qui tremble Suivent, joyeux, l'étendard du Patron.
Il est encore un peuple qui sait croire, Qui sait aimer, chanter, se souvenir !
Des temps passés, nous qui gardons mémoire, Ne craignons point d'aborder l'avenir.
Quand les héros qui furent nos ancêtres Quittaient la France et son climat si doux, Ils refusaient de se donner des maîtres Sur le vieux sol que nous admirons tous.
Ce qu'ils voulaient ?— que la France et sa gloire Par leurs enfants ici vinssent fleurir.
* Musique de C M. Panneton.
Quel beau début I quel frais rayon d'aurore ! Qu'ils étaient grands ces jours trop tôt finis ! Après un siècle, on sent vibrer encore Au fond des cœurs des accents attendris.
Malgré le droit et malgré la victoire, Nous avons vu nos plaines se flétrir —
Des temps passés, nous qui gardons mémoire, Aimons toujours à parler d'avenir.
Le ciel propice a soumis à l'épreuve
Les descendants des laboureurs-soldats.
De leur berceau sur les bords du grand fleuve
La Foi s'étend par les deux Canadas.
La liberté leur doit des jours de gloire,
Ils l'aiment tant qu'elle a su les bénir.
Des temps passés, nous qui gardons mémoire, Conservons bien ces dons pour l'avenir.
Des temps passés, nous qui gardons mémoire, Avec ardeur marchons vers l'avenir !
ïî
La place est large au soleil d'Amérique :
Le tentateur nous masque le péril ; Ce siècle attire — et notre âge héroïque Peut s'oublier dans les champs de l'exil.
Poursuivre au loin la fortune illusoire Est une erreur dont il faut revenir.
Oes temps passés, nous qui gardons mémoire, Rallions-nous au cri de l'avenir.
Rallions-nous ! qu'un même espoir nous guide, Qu'un m$me amour fasse battre nos cœurs, Et que l'esprit de parti trop rigide Tombe à jamais devant nos droits vainqueurs ! Sachons reprendre aux pages de l'histoire Le rang marqué pour nous appartenir.
Des temps passés, nous qui gardons mémoire, Unis et tiers, songeons à l'avenir.
À mon ami, FERDINAND GAGNON
Rédacteur du journal Le Travailleur, de Worcester, Mass.
Vous travaillez pour la patrie.
Je connais l'œuvre et l'ouvrier.
Là-bas, cette cause chérie Fut en danger de s'oublier.
Mais, courageux comme un apôtre, Et patient comme un semeur, Vous faites cette œuvre la vôtre :
Applaudissons le Travailleur.
La plume est devenue ôpée.
C'est notre arme dans le péril.
Nous n'écrivons plus d'épopée Avec le sabre et le fusil.
Cependant, il faut des conquêtes A l'artisan, au laboureur, Et des voix pour chanter nos fêtes :
Applaudissons le Travailleur.
Qu'on organise nos phalanges ; Qu'un même esprit règne chez nous !
Détruisons des craintes étranges, Nos droits se conserveront tous.
Loin du sol qui nous a vu naître Vous tendez vers un sort meilleur.
Nous apprendrons à nous connaître :
Applaudissons le Travailleur .
Savoir attendre est une force.* Travaillons, en attendant mieux.
L'exil, avec sa rude écorce, Recouvre des cœurs généreux.
Votre idée est pratique et neuve, Combattez ferme, avec chaleur.
Vous savez supporter l'épreuve :
Applaudissons le Travailleur.