LES MIETTES DE L'HISTOIRE
Vous m'envoyez un vieux papier Qui date du siècle dernier
Et dont le texte est de l’histoire.
‘« [l s’en allait, me dites-vous,
« Périr au panier, aux égouts,
‘ Comme un obscur et plat grimoire.
Vous l'avez sauvé du néant,
Il va revivre maintenant :
Dans mon livre il aura sa page.
Le lecteur se demandera
Par quel hasard, ef cælera,
J'ai pu composer ce passage.
Merci, vous qui savez m'aider ; Car je ne saurais commander
Ni les hommes ni la matière,
Où je trouve je prends mon bien— C’est un fade et si lent moyen, Que j'y donne ma vie entière.
Si l’amour de notre passé
N'’était quasi tout effacé,
Comme on se plairait à me rendre Ces contrats tombés dans un coin Qui périssent faute de soin
Et qui peuvent tant nous apprendre !
Vieux papiers, sales, déchirés, Mémoires jaunis, délabrés, Journaux en loques, paperasess, Vous en savez plus long, souvent, Que ne peut en dire un savant Lorsqu'il n’a pas suivi vos traces.
Un rien est quelquefois a clé D'un fait, d’un acte révélé
Par l'étude et la patience,
On reconstruit un monde ancien En y mettant chacun du sien, Et tout cela, c’est la science.
Ouvrez-moi vos poudreux dossiers ;
Prêtez vos antiques papiers :
Nous les ferons parler ensemble.
Puis, un jour, vous les reverrez Complets, rajeuuis, admirés— Is le méritent, ce me semble !