‹ Chants nouveaux [microforme]Chapitre 8 sur 21 · LA CLOCHE · texte numérisé non relu

LA CLOCHE

Qui ne se souviendrait du temps de la jeunesse, De ces jours où l'espoir attisait la gaité,

Et quel est le passé qui jamais ne renaisse, Pourvu qu'on ait le cœur placé du bon côté ?

Or, dans mes souvenirs, il en est un, peut-être, Que mes vieux compagnons ne méconnaitront pas. Il vient comme un oiseau vibrer à ma fenêtre, Ou me joint dans la foule et s’attache à mes pas.

C'est le son de la cloche appelant à l’église

Tout ce peuple afairé que Dieu comble d'amour, Et qui, simple, s’en va, dans sa nus belle mise, Lui payer le tribut de son septième jour.

Ce chant ne frappe plus aujourd’hui mon oreille. J’ai quitté les amis de mon temps d'autrefois. Toui un monde nouveau m’environne et réveille Tout ce monde lointain que j'ai vu tant de fois.

Mais dans votre village, en ce lieu solitaire, Où mon pas voyageur semble dépaysé, N'ai-je pas reconnu, dâns son accent sévère, La cloche qui sonna quand je fus baptisé !

Où donc avez-vous pris ce clairon qui m'appelle ?

C'est le timbre, la voix du cuivre de ‘ chez nous.”

Vous ne comprenez pas tout ce qu’il me rappelle, ‘Et combien j'aimerais à l’entendre à genoux !

Est-il vrai que le cœur se montre plus sensible En raison de l’espace et du temps disparu,

Et que, plus on vieillit, plus la pente terrible Nous rend cher le passé, ce chemin parcouru ?

Pourquoi faut-il vieillir ! s’en trouve-t-on plus sage ?

Nos traces ici-bas se comptent par regrets.

Puis la gaité s'envole. oh ! les ‘ glaces de l’âge Ne sont pas un vain mot dont on rira jamais.

L'homme existe si peu Bienheureux s’il espère. Heureux s’il se souvient et chérit le passé.

Sa vie est brusquement ramenée en arrière

Par un mot, un objet, un son vite effacé.

Page 1