LES MOBILES Î
Et forçant sa voix débile : • 13
« Il n'a pas peur, le soldat !
« — Peur ou non, dit un brave hoinuie,
« Enrtez et buvez un coup,
<( Vous êtes Français, en somme...
« — Non, je suis Français surtout, 20
« Et c'est pourquoi je réclame.
« Dieu bon! En sommes-nous là?
« Si le paysan le blâme,
(( Qui donc plaindra le soldat ?
« Il a lutté, je vous jure, 53
« Et si vous doutez encor,
« Tenez! est-ce une blessure?
<( Et quand j'en parle ai-je tort?
« Et plus d'un sans en rien dire
« Est frappé qu'on ne voit pas... 30
« Âh! ce n'est pas bien de rire
« Au passage des soldats!
« Nous fuyons; la chose est triste.
« Mais comment faire à la fin!
« Voilà trois jours qu'on résiste, 33
(( En voilà huit qu'on a faim.
19. En somme, c'est-à-dire quoique vous paraissiez avoir peur.
21. Je réclame contre les sarcasmes des villageois et le doute du brave homme lui-même.
22. Dieu bon ! Ce commencement de vers doit être dit du tou d'une vive douleur.
27. Tenez ! Ce mot indique un eesle par lequel le mobile montre une cicatrice.
2î5 CHANTS P.VTRIOTIOUKS
« Avoir froid, on s'iiabitue,
« On se. réchauffe, on se bat ;
«< Mais ne pas manger, ça tue.
(' C'est un homme, le soldat ! ^0
« Impuissants à nous défendre,
« Dans les bois qu'ils dévastaient
« Nous pouvions encor nous rendre,
« Et les Prussiens y comptaient.
« Et nous n'avions qu'à les suivre, 4o
« Et le pain cuisait là-bas.
« Mais sans souliers et sans vivre
« Ils ont marché, les soldats.
« Le canon nous fit escorte
« Sans rompre nos rangs meurtris; 50
« Il vente, il neige, qu'importe !
« La liberté vaut ce prix.
« Et dans ce coin de la France
(c Oîi nous arrivons si las,
a On jette à notre souffrance : Ko
« Ils ont eu peur, ces soldats ! »
« Ils ont eu faim, c'est moins drôle ! ce Pas vous, n'est-ce pas? Tant mieux! »
■il. 11 faudrait à avoir froitl. Mais riiicorrcction ici doit iMre voulue, élarit placée dans la bonclie d'un soldat.
U». La canonnade nous suivait de près pendant notre retraite.
.'J2. La liberté vaut la peine (|u'on su|)|)orfe le vent, la nei^e et la initraille.
|j;j. Une pause avant ces quatre derniers vers de la strophe qui doivent être dits d'un ton d'indignation et de découragemenl douloureux: Et roi/à qu'on jette à..., etc.