‹ Chants patriotiquesChapitre 21 sur 67 · PRO PATRIA · texte numérisé non relu

PRO PATRIA

Oublions, oublions! voilà le cri des lâches, De ceux pour qui la haine est uu fardeau trop lourd, Qui, reniant leurs droits et déserlanl leurs lâches, Ont épuisé leur deuil dans leurs larmes d'un jour.

Mais tous ces fiers enfan!s dont la France est la mère. Gardant l'espoir au fond de leurs cœurs résolus. Muets, mais sans oubli, sombres, mais sans colère, Sont toujours là pleurant sur ceux qui n'y sont plus.

(*) En septembre 1870, un vieux jardinier de Bousfival, nommé François Deberguo, coupa jusqua cinq fois les fils télégraphiques établis par les Prussiens.

Découvert, arrêté et menacé de mort s'il recommençait : « Je suis Français, répond^t-il, je recommencerai. >> Les Prussiens accomplirent leurs menice;: : François Debergue fut passé par les armes.

Un mois plus tard, deux ouvriers, Jean Martin et Jean-Baptiste Cardon, voulurent eux aussi servir la Patrie, et, dans Bougival même, le jour de l'attaque de la Malmaison, ils faisaient le coup de feu

Et combien n'y sont plus depuis la triste guerre, Combien de sang français notre France a perdu, 10

Qu'elle a donné de fils pour conserver sa terre. Et, ce qu'on nous a pris, comme on l'a défendu !

Car la lutte fut longue, héroïque, implacable:

Car nos soldats ont su mourir jusqu'à la fin:

Et nous n'avons subi la paix qui nous accable 15

Que broyés sous le nombre ou défaits par la faim.

Et que de dévouements dignes de notre histoire !

Oh ! sachons bien bénir , sachons bien célébrer

Tous ces accès d'honneur qui nous sont de -la gloire,

Ces immortelles morts qu'on est fier de pleurer ! 20

L'exemple en naît si grand qu'on bénit l'hécatombe, L'espoir en sort si haut qu'il passe les regrets,

contre les Prussiens. — Pris et fusillés, leur dernier cri fut : « Vive la France! » La dernière parole de Jean-Martin avait été : « Dites à nos entants que c'est pour le Pays que nous mourons. »

Un monument a été élevé à ces trois héros, sur le lieu même de leur supplice. — C'est à son inauguration, solennellement fait':* le 22 septembre 1878, qu'ont été dits ces vers. Le titre Pro patria (Pour la patrie) est l'inscription même gravée sur le monument funèbre des trois héros.

19. L'accès est le moment passager où un état de l'àme ou du corps se manifeste avec intensité, bn dit bien accès de désespoir. C'est de la même façon que le poète a pu dire accès d'honneur. Ces deux mots n'avaient jamais été réunis.— Qui nous sont de la gloire. Ici, comme dans un grand nombre de cas, nous veut d'ire pour nous.

21. L'exemple qui naît de ces belles morts est si grand que...

22. Qu'il pafse les regrets ; c'est-à-dire qu'il est plus grand que les regrets. Malherbe avait dit déjà, employant ce mot de la même façon :

Et les fruits passeront la promesse des fleurs.

PKO PATHIA 35

Et que le même jour voit surgir de leur tombe L'ombre des lauriers verts et l'ombre des cyprès.

0 braves dont je viens saluer la mémoire, 2;)

Vous que Hoche ou Desaix eût pris pour compagnons, Fiers vaincus qui tentiez d'elîrayer la victoire, Que n*ai-je un nom qui puisse éterniser vos noms!

Ces noms obscurs si beaux par l'obscurité même !

Nul d'entre cts martyrs ne s'est cru glorieux; 30

Mais sacrés par leur sang qui leur fut un baptême,

Ces ignorés d'hier sont déjà des aïeux.

Martin, Cardon, et toi, simple et noble victime, — Dont le cadavre même eût dû porter la croix, — Debergue au cœur vaillant, Dcbergue au cri sublime, 3ii Soyez tous trois bénis, vous êtes grands tous trois.

Toi surtout, vieux Français entêté de ta France,

Tenace défenseur de nos champs envahis,

Gloire à toi, grand vieillard si jeune d'espérance 1

Gloire à vous' braves gens, honneur de mon pays ! 40

Ah! ces vieux plébéiens à lardeute nature. Propre sève de l'arbre, invisible au passant, Par qui l'arbre grandit, par qui la forêt dure. Ce sont eux la vigueur de la France et son sang.

24. L'oinbre des cyprès, symbole de deuil ; Vomlre des lauriers, symbole de gloire future.

32. Des aïeux, en ce sens qu'ils ont donné l'exemple et tracé la route à suivre aux plus jeunes.

Ce sont eux dont les mains construisent, plantent, sèment, 43 Eux les forts artisans, eux les ^Tais travailleurs; Ils aiment leur vieux sol sans bien savoir qu'ils l'aiment, Patriotisme inné, bon entre les meilleurs.

Ils se disent parfois que les peuples sont frères,

Qu'il n'est pas de patrie et quon en peut changer, 50

Et puis, vienne le jour de nos destins contraires,

Les revoilà Français, repoussant l'étranger!

Voilà leur sang qui bout et leur instinct qui crie;

Ces éternels Gaulois retroussent leurs sarraux,

Ils s'élancent, chantant l'hymne de la Patrie, 55

Et c'étaient des ingrats, et ce sont des héros.

Je le dis, et non pas en Français qui se vante,

Mais en homme témoin de nos efforts constants.

Jamais peuple n'eut tant de raison d'épouvante.

Jamais peuple ne fut si brave si longtemps. 60

C'est rinimortol honneur de notre chère France Surprise désarmée, et «'armant tout à coup. Qu'avec si peu d'espoir tant de persévérance ! Partout tant de périls, tant de luttes partout!

18. Patriotisme. Ce substantif et tout ce vers est construit en apposition avec amour du sol, contenu dans le verbe ils aiment.

52. Revoilà : Locution expressive mais familière qu'on ne rencontrait guère jusqu'ici dans le style soutenu.

54. Sarrau, viens mot dont le sens sera indiqué par cette citation de Voltaire : » On n'eut pas le temps de donner aux milices des habits d'ordonnance; les laboureurs vinrent vêtus de leurs sarraux. »

63. Le verbe être fait défaut dans ce vers. Cette construction elliptique est très usitée dans les propositions esciamatives comme celle-cij mais seulement dans les propositions principales. Or celle-ci

PRO l'ATKIA 37

Que puisse uotrc deuil euorguoillir vos ombres, 60

0 défenseurs par qui la gloire a survécu! Vous dont le souvenir, rayon de ces jours sombres. Éclaire et guidera votre Pays vaincu.

Je ne jette pas là d'insulte inopportune

Aux meurtriers des niDrls, aux geôliers des vivants, "0

Mais, si la Prusse en fête exalte sa fortune,

Notre France au travail doit bénir ses enfants.

est dépendante. La construction, bien qu'inattendue, est fort claire: Qu'on ait eu tant de persévérance avec si peu d'espoir.

"71. Si, très habituel dans le sens de puisque.

11 et 72. Remarquez lopposition : la Prusse en fête, la France au travail.

LE TURGO

C'était un enfant, dix-sept ans à peine,

De beaux cheveux blonds et de grands yeux bleus.

De joie et d'amour sa vie était pleine,

11 ne connaissait le mal ni la haine ;

Bien aimé de tous, et partout heureux. 5

C'était un enfant, dix-sept ans à peine,

De beaux cheveux blonds et de grands yeux bleus.

Et l'enfant avait embrassé sa mère.

Et la mère avait béni son enfant.

L'écolier quittait les héros d'Homère; 10

Car on connaissait la défaite amère,

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