‹ Chants populaires de la Grèce moderne, réunis, classés et traduitsChapitre 100 sur 187 · LE MARIN · texte numérisé non relu

LE MARIN

0 mes yeux noirs et doux, pourquoi vous fâchez-vous contre moi?

Quand vous êtes arrivée, mon petit oiseau, vous m'êtes apparue telle qu'un ange.

(0 mon vaisseau, mon vaisseau, je n'ai plus d'espoir qu'en toi !)

J'oublie beaucoup d'autres amours, pour vous, mon amour absent.

0 venez, mon oiseau, ne tardez pas ! Mettez-vous en route pour me voir.

Allons, courage, mon -oiseau, venez ! et tout mon cœur vous salue de loin.

(0 vaisseau des vaisseaux, tu es l'honneur de tes pallicares.)

Si je ne dis pas la vérité, frappez-moi d'un coup qui m'arrive au cœur.

Serdi-Keui *, tu es un beau village, et je ne crains pas ta solitude.

(0 mon vaisseau de Venise, ne va pas te faire renégat.)

Vois cette ingrate, elle est douce comme du sucre.

(Le navire est fait pour naviguer, et l'amour pour se montrer.)

Avancez- vous à la fenêtre, avancez-vous, beaux yeux qui me rendez fou.

Tout mon chagrin n'est que cela : un profond soupir d'amour !

* Serdi-Keui^ village sur le Bosphore, dans la rade de Sténia.

LE BRTGAND

Mes bêtes montaient lentement avec moi la montagne au milieu des défilés, des forêts et des ravins : et voilà que tout à coup j'aperçois un voleur, le sabre à la main, posté près du ruisseau, là, dans ces fourrés humides.

{( Hélas ! que vais-je devenir ! J'ai bien peur d'être perdu (( pour jamais dans cette montagne. »

La mine sévère, sauvage et effrayante de cet homme, comme sa haute taille, m'a fait frisonner jusqu'au fond de l'âme; et tout aussitôt six ou sept grands garçons sont sortis du bois, vêtus très-salement, et le sabre nu.

« Ah ! malheureux ! malheurenx ! Quel effroi de me « trouver là en un tel moment ! »

Ils se précipitent sur moi comme des aigles, avec le voleur, et ils attachent fortement mes mains avec des branches d'arbres. Puis, si vous vous adressez à lui pour essayer de Tattendrir, il ordonne en vrai tyran que l'on vous dépouille.

« Hélas ! que vais-je devenir? J'ai bien peur d'être là (( pour jamais perdu dans cette montagne. »

11 vous donne en garde à quelque horrible épée; et vous demande pour rançon cinq bourses d'or !

(( Ah ! malheureux ! malheureux ! Quel effroi de me (i trouver là en un tel moment! »

il^ LKGEISDES.

IK CAVALIEU

I)K lUZO nAXGADL

Un sabre à la ceinture, mon cheval avec moi, je vole comme un oiseau; et pourvu que je décharge mon fusil, je ne demande pas à la fortune ce qu'elle me garde.

Si la destinée veut que je rencontre une balle maintenant, je l'attends de pied ferme. Si elle me la réserve pour demain, jusqu'alors je ne m'en soucie ; et je ne me réjouis pas moins aujourd'hui.

in

Si celui-ci est un flatteur, si cet autre est un esclave, et le troisième un tyran, le guerrier n'est ni serviteur, ni maître : il est libre, il est indépendant.

Quand les coups de sabre m'appellent, quand le canon . gronde, je chante et je ris : sur mon cheval je brave et je franchis les précipices de la route la plus ténébreuse.

LEUENDKS. 170

Le monde m'appartient, et j'appartiens au monde ; je vais comme il va. En toute rencontre, je regarde toujours en avant et ne retourne jamais en aiTière.

Ne pleurez pas, ma belle enfant, parce que ma route me conduit loin de nos montagnes ; je trouve des belles partout, et ne m'arrête nulle part. Ma patrie, c'est la terre entière.

La fusillade siffle. Charon promène sa faux. Bucéphale, en avant! Quand il pleut des balles, quand le sang coule, en avant ! qui donc pourrait m'arrèter ?

Et si le jour arrive où le monde doit finir au bruit de la bataille; riant comme j'ai toujours ri, mourant comme j'ai toujours vécu, je dirai adieu à la vie.

180 LÉGExNDES.

INVOCATION AU PUINTEMI^S

0 printemps qui donnes la vie, saison favorite de la nature, cbarinanle jeunesse de l'année. Tes zéphirs féconds, comme des peintres habiles, émaillent de mille couleurs les champs humides de rosée. La marjolaine parfume l'air, le basilic l'embaume : le ciel rit, la mer étincelle. Une divine sérénité s'étend et se manifeste au loin. Les matelots ont retiré leurs ancres à bord; et, déployant leurs voiles heureuses, ils font résonner leurs lyres inspirées.

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