LE TROIS SEPTEMBRE
Le jour du trois septembre s'est levé brillant , et les cœurs des Hellènes ont palpité de joie.
Kallergis, Macriyannis et beaucoup d'autres avec eux : leur nom rayonnera dans les siècles futurs.
Ils courent la nuit au palais , l'assiègent et demandent la Constitution ; sans quoi ils mettront le feu .
Aussitôt que notre roi a vu ce siège, il se met à sa fenêtre tout tremblant. « 0 mes Hellènes chéris ! )) s'écriet-il ; et il est tout surpris de voir le peuple accourir en foule pacifiquement.
Il dit : (( Où sont mes ministres pour délibérer avec « moi? Il faut d'abord que ces rassemblements se dissi- « pent. »
Dans de telles circonstances, les ministres ne servent à rien ; car c'est le peuple qui exige une Constitution.
— « Hellènes, ce que vous demandez me paraît bon et « juste, et je le signerai avec grand plaisir; mais je de- (( mande un ajournement de quelques jours pour réfléchir « et me décider avec mes ministres. »
— Non, sire ; il faut signer tout de suite pour calmer et satisfaire le peuple, -r-
Voici les ambassadeurs qui, voulant arranger la chose, arrivent en uniforme et soUicilent l'entrée du palais. On
les refuse ; ils s'arrêtent. Ils hésitent devant la sagesse des Hellènes, et ils s'en vont.
La reine lui dit : « Mon cher Othon, je t'en prie, donne, {( sans plus tarder, ta signature. — Tu es le premier roi de la Grèce, et le peuple t'aime. Eh bien ! fais-toi honneur aussi d'être constitutionnel. — Bien que je ne sois qu'une femme, je le sais, quand tout devrait aller en Grèce sens dessus dessous, il faudra toujours fmir par une Constitution. »
Aussitôt notre roi, sans perdre le temps, donne sa signature et le peuple s'apaise.
— (( Bravo ! bravo ! crie la foule à grand bruit. — Dieu veuille que vous soyez aussi le sauveur des autres Ilellènes î Qu'ils soient délivrés du joug tyrannique des barbares Ottomans ! — Honneur à la couronne et au peuple grec ! il a eu sa Constitution par des voies pacifiques. — Vivent les Hellènes patriotes et l'armée et ses chefs ! — La Grèce est devenue libre; chassons les Bavarois. »
« Hellènes, la fraternité et l'union montreront que vous êtes de vrais constitutionnels. — Le despotisme et l'absolutisme sont tombés ; le trône constitutionnel s'est élevé sur la nation. — Un parlement, un sénat ; des lois constitulionnolles. — De bons orateurs feront retentir la tribune. La presse est libre; les ministres sont responsables et rendent chacun leurs comptes au parlement. »
« Ainsi donc, imitons nos ancêtres; peut-être auronsnous comme eux un âge d'or? — Enfin, après avoir combattu contre le joug tyrannique, écrions-nous avec toute la nation : — Vive Othon ! vive Améhe, couple constitutionnel ! Gouvernez en paix le peuple grec ! »