‹ Chants populaires de la Grèce moderne, réunis, classés et traduitsChapitre 74 sur 187 · L'ENLÈVEMENT · texte numérisé non relu

L'ENLÈVEMENT

Pendant que j'étais assis et mangeais à une table de inarbre , mon cheval vint à hennir et mon sabre à bruire. Je me dis alors dans mon raisonnement : On marie ma belle; on la bénit avec un autre; avec un autre on la couronne; on la fiance, et on lui donne un autre mari. Je me lève, je vais à mes chevaux qui sont soixante et quinze : quel est celui de mes chevaux, qui sont soixante et quinze, qui peut lancer des éclairs au Levant et se trouver au Couchant? Tous les chevaux qui m'entendent rLudent du sang; toutes les cavales qui m'entendent avortent. Mais un vieux, un petit vieillot, avec quarante meurtrissures : — « Je suis vieux et laid, les voyages ne me « siéent point; mais, pour l'amour de ma belle maîtresse, « je ferai la course, car elle me portait à manger dans les « plis de son tablier, et à boire d ins le creux de sa main. » Il selle aussitôt ce cheval et aussitôt le monte, a Se'rre « bien ta tête avec un mouchoir de neuf aunes; ne secoue

ias la bride, et n'use pas des éperons, car il me sou- (( viendrait de ma jeunesse, je ferais comme un poulain, « et je sèmerais ta cervelle dans nn champ de neuf cou- « dées. » D'un coup de cravache donné à son cheval, il fait quarante milles; il redouble et en fait quarante-cinq; et chemin faisant il prie Dieu. — Mon Dieu, faites que je trouve mon père épamprant sa vigne! Il l'a dit en chrétien, en saint il est exaucé, et il trouve son père épamprant sa vigne. — Bien tu fais mon vieux; mais à qui estelle, la vigne? — Au malheur et au deuil, à mon fils lanaki. Aujourd'hui on donne un autre mari à sa belle; avec un autre on la bénit, avec un autre on la couronne. — Oh ! dismoi, dis-moi, vieillard, les trouverai-je encore à table? — A table tu les trouveras, si tu as un bon cheval; si tu n'as qu'une rosse, tu les trouveras à la bénédiction. — D'un coup de cravache donné à son cheval il fait quarante milles; il redouble, en fait quarante-cinq, et chemin faisant il prie Dieu. — Mon Dieu, faites que je trouve ma mère arrosant dans le jardin! Il l'a dit en chrétien, en saint il est exaucé, et il trouve sa mère arrosant le jardin. — Bien lu fais, ma vieille; mais à qui est ce jardin? — Au malheur et au deuil, à mon fils lanaki. Aujourd'hui on donne un autre mari à sa belle; avec un autre on la bénît, avec un autre on la couronne. — Oh! dis-moi, dis-moi, ma vieille, les trouverai-je encore à table? — A table tu les trouveras, si tu as un bon cheval; si tu n'as qu'une rosse tu les trouveras à la bénédiction. — D'un coup de cravache donné au cheval, il fait quarante milles; il redouble et en l\iit quarante-cinq. Le cheval se met à hennir, la fille le reconnaît. — « Ma fille, qui donc cause avec toi; qui donc . « le parle? » — C'est mon frère aîné qui apporte ma dot. — « Si c'est ton frère aîné, sors pour lui verser à boire. Si « c'est ton amant, je sors et je le lue. » — C'est mon frère

aîné qui apporte ma dot. — Elle prend une coupe d'or, '\ pour sortir et verser à boire. — Tiens-toi à ma droite, = charmante, et verse-moi à gauche. — Le cheval s'est âge- \ nouille, la fille se trouve dessus. Il court aussitôt comme \ Je vent. Les Turcs prennent leurs mousquets; mais ils ne i voient ni le cheval ni sa poussière. Celui qui avait un bon ;] cheval vit sa poussière; celui qui avait une rosse ne la |j vit même pas.

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