L'HOMME DES EAUX
Le monde mythologique Scandinave se composait, comme celui des Grecs, d'une foule d'êtres magiques qui peuplaient les divers éléments. Dans les (lots de la mer était le }\'osserma)i)i (homme des eau\), qui habitait des grottes de cristal et attirait sur le rivage les jeunes filles pour les entraîner dans sa demeure ; la femme des eaux, qui exerçait toutes sortes de sorcelleries et présidait l'avenir; dans les fleuves et les torrents était le Kek ou le StrœmJiOrl, dont on entendait au loin résonner les harpes merveilleuses; dans les montagnes, les nains qui forgeaient les armures, et les trolles, gardiens des trésors; dans les bois, la douce et mélancolique Hulda, génie de la solitude; dans les plaines, les jeunes filles de la race magique des elfes, qui venaient danser le soir au clair de la lune, et attiraient par leurs chansons mélodieuses le passant.
— Ma chère mère, donnez-moi un conseil. C'est cliose difTicilc. Je ne sais comment je pourrais m'unir à la fille de Marskig. C'est chose dilTicile de chevaucher hors d'ici.
Sa mère lui fait un cheval de l'eau la plus limpide, une bride et une selle de sable le plus blanc. Quant à lui , elle en fait un beau cavalier. Il part pour l'église de Marie. Il attache son cheval à la porte du cimetière , et entre dans l'c glise. Il entre dans l'église. Toutes les saintes images se retournent à son approche.
Le prêtre, qui était debout devant l'autel, dit en le
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voyant : — Quel est ce jeune clievalier ? La fille de .Marskig sourit sous son voile, et dit : — Dieu veuille que ce chevalier soil à moi !
Il s'approche près de la chaise où elle est assise. Il fait un pas , puis deux , et s'écrie : — Fille de 31arskig , donnez-moi votre amour. Il fait encore cfuelques pas, et dit : — Fille de Marskig , suivez-moi dans ma demeure.
Lajeune fille lui tend la main, el lui dit :— Je le donne mon amour, elje te suivrai. Ils sortent de l'église fimccs. Ils dansent joyeusement et sans crainte. Ils s'en vont en dansant jusque sur le rivage; mais à la fin ils se trouvent seuls.
— Faille de .Marskig , tenez mon cheval pendant que je construirai un bateau flont je puisse me servir..
Quand ils furent sur la mer, la jeune fille tomba dans l'abîme. On l'entendit de loin , on l'entendit crier dans l'eau. Je vous le dis, ù bonnes jeunes filles, n'allez pas à la danse avec orgueil.
AGNETE.
Agnete est debout sur le pont élevé. L'homme des eaux sort de l'abîme , et s'approche d'elle. — Écoute , Agnete, veux-tu être ma bien-aimée?
— Oui, si tu veux m'emmener avec toi dans ta demeure. Il lui ferme les oreilles , il lui ferme la bouche. 11 l'emmène avec lui au milieu des vagues.
Tous deux vécurent ensemble huit années, et ils eurent sept enfants.
Un jour, Agnete était assise près du berceau de son enfant. Elle chante et entend le son des cloches : — Je voudrais bien , dit-elle à l'homme des eaux , aller à l'église.
— ïu peux aller h l'église , pourvu que tu reviennes prés de tes enfants. Il lui ferme les oreilles. Il lui ferme la bouche et l'emmène sur la grève.
Agnete entre dans l'église et marche après sa mère. — Écoute, Agnete, où as-tu été pendant ces huit années?— J'ai été au fond de la mer avec l'esprit des eaux , et j'ai enfanté sept fils.
— One l'a-t-il donné pour prix de ton amour? Que t'a-t-il donné en te iirenanl pour femme ?
— Il m'a donné un collier d'or. La reine n'en a pas un plus beau.
L'honnne des eaux entre dans l'église. Les saintes
images se retournent à son approche. Ses cheveux ont la couleur de l'or; ses regards sont joyeux. — Écoute, Agnete, dit-il , tes enfants soupirent après toi.
— Laisse-les soupirer tant qu'ils voudront. Jamais je ne retournerai près d'eux.
— Pense aux grands, pense aux petits, pense au plus jeune qui est dans le berceau.
— Je ne penserai plus jamais ni aux grands, ni aux petits , encore moins à celui qui est dans le berceau.