‹ Chants révolutionnaires. Préf. de Henri RochefortChapitre 103 sur 106 · CARTOUCHE BANQUIER · texte numérisé non relu

CARTOUCHE BANQUIER

Au citoyen Auguste Chirac, auteur des Rois de la République.

Un pctii-fils du grand Cartouche, Un brave à profil de vautour, Au coin d'un bois, seul et farouche, Las de guetter, se dit un jour :

Les bois n'offrant plus de ressource, Ami Cartouche, code en main, Prends ton embuscade à la Bourse, Fais-toi banquier de grand chemin !

Ce vol terre à terre m'efflanque, Jetons de plus larges filets :

Lorsque Ton peut faire la banque, A quoi servent des pistolets?

Des froids vampires de finance N'ayant pas la perversité,

J'étais voleur par répugnance, Assassin, par humanité.

Mais le flouage qui gouverne Jusqu'au sublime s'est posé; L'Usure au fond de sa caverne Tient le siècle dévalisé.

La Bourse est le meilleur repaire.

On sy ménage adroitement Un télégraphe pour compère, Pour complice, un gouvernement.

Gobseck grandit. Mandrin s'encroûte; Le grand réseau s'organisant, — On volait sur la grande route, — On vole la route à présent!

J'aurai ma bande d'émissaires Dans ma caisse en parts de lions.

Le jus de toutes les misères Va se figer en millions.

Sans crier : la bourse ou la vie!

En serrant la vis au travail.

J'aurai de la foule asservie Bourse en gros et vie en détail.

A mes bals tout Paris se porte.

Un juge y tient de gais propos; Le préfet, pour garder ma porte, Met des gardes municipaux.

Mon aïeul crève à la potence ; Mais dans ce siècle, par bonheur, Des hommes de notre importance S'attachent à la croix d'honneur!

Les bois n'offrant plus de ressource, Ami Cartouche, code en main, Prends ton embuscade à la Bourse, Fais-toi banquier de grand chemin 1

Paris, 1849.

Page 1