RIGODON
Ah ! ma pauvre dame, comme vous êtes arriérée !
MADAME JACQUINOT
Il paraît bien...
MADAME RIGODON
Dernièrement encore, on a fait à une artiste française un succès prodigieux... C'était un triom-
IO
phe... On l'a accompagnée dans une voiture à quatre chevaux ; puis on a tiré un feu d'artifice devant ses fenêtres, et on lui a fait une sérénade... jugez donc !...
MADAME JACQUINOT
Ainsi, vous espérez qu'un jour on tirera un feu d'artifice sous les fenêtres de Sophie... et qu'on lui jouera une sénérade, pour l'endormir... Ça ne lui mettra pas de l'argent dans sa poche, tout ça...
MADAME RIGODON
Vous plaisantez !... Quand on en est là, on roule sur l'or... Il est vrai que, pour cela, il faut avoir du talent... mais, si vous saviez comme Sophie a des dispositions !... tenez... l'autre soir, elle me récitait une tirade de Molière... Eh bien ! je pleurais, tant j'étais émue...
MADAME JACQUINOT
Allons! tant mieux!., tant mieux ! qu'elle entre au Conservatoire, si c'est ce que vous dites, le théâtre !...
MADAME RIGODON
Ah! madame Jacquinot, si touteslesmères savaient! qu'est-ce que vous voulez ? elles ne savent pas !... Il est vrai qu'on n'arrive pas, du jour au lendemain. On débute, d'abord, par un petit rôle dans un théâtre subventionné; mais, au premier succès, les journalistes parlent de vous ; on vend votre photographie dans les vitrines ; et puis voilà : on va en Amérique et on devient célèbre...
MADAME JACQUINOT
Jésus Dieu ! ma pauvre madame Rigodon ! Si