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Charlatanisme de la médecine

De la terre jusqu'aux deux s'élève un cri de douleur, toujours le sang, les larmes, toujours le feu, le fer, le poison, la mort!...

Ceux-ci, étendus sur le grabat des passions, réclament en vain le Dieu de paix, de justice, qu'on ne leur a point appris à connaître.

Ceux-là, qu'une brûlante fièvre dévore, s'agitent sur leurs couches avec désespoir; le breuvage salutaire ne leur est point donné.

Ceux échappés aux fléaux de la guerre, du massacre, implorent un rayon plus pur de fraternité, d'égalité pour les guider à travers les décombres encore fumants de nos cités.-

Quelles douleurs ! quelles souffrances ! quel est donc ce venin empoisonné qui dévore ainsi l'humanité?

Secouons la poussière des temps , -essayons de soulever un coin de ce voile sombre qui obscurcit la raison

humaine. Dieu a donné à tous la vérité pour combattre le mensonge.

Quels sont -ceux qui ont mission de guérir nos maux et de soulager nos souffrances?...

Que font ces docteurs qui trônent dans nos chaires académiques ?

Pénétrons dans le sanctuaire des princes du savoir , écoutons quelques-uns de ces oracles qui tiennent en. main le sceptre de la science, qui prétendent être le flambeau du progrès, quelles ont été leurs convictions ? la divergence de leurs idées ?

Cabanis prétend que la pensée est une sécrétion au cerveau.

Babinet, que la volonté ne franchit pas Tépiderme. Moleschott, qu'il n'existe aucune fôrce en dehors de la matière.

Buchner, qu'un homme n'est que le produit de la matière.

Cette doctrine du matérialisme, enseignée du haut des chaires professionnelles, fait vraiment horreur ; les ravages que cette hydre aux mille têtes exercent dans la pensée des hommes, donnent large carrière aux passions qui courbent fatalement la raison sous le joug de ces pontifes de l'école cyrénaïque, d'Aristippe et d'Epicure, qui, à leur tour traitent les générations comme un vil bétail.

Afin de mieux nous édifier sur les principes de ces illustres professeurs, écoutons le docteur Chauvet :

« La philosophie sensualiste^ ou matérialiste, née du peripatéticisme, et nettement formulée par Locke, Condillac et Cabanis, qui n'ont été ici, du reste, que les échos de Tencyclopédisme du xviii® siècle -, elle chargea le professeur Bérard, doyen de la Faculté de médecine de Paris, inspecteur général deséft<ie^médicales,etc.,etc,, de me donner cette ignoble définition : « L'homme est un mammifère monodelphe et bimane ! ! !..

Enfin, tout le monde connaît cette définition classique : Lliofmne est un animal raisonnable.

Si j'étais mis en demeure de faire un choix parmi ces définitions, je n'hésiterais point à adopter la première qui, malgré son insuffisance, a du moins l'avantage inappréciable d'élever l'homme au noble rang qui lui appartient dans la série des êtres créés ; tandis que celle du professeur -de physiologie de . Paris le fait descendre au niveau...., que dis-je !..., au-dessous de la brute...., du par exemple, qui est bien, comme l'homme, un mammifère monodelphe, c'est-à-dire un animal dont la femelle est pourvue de deux mamelles et d'un seul utérus, mais qui a, de plus que celui-ci, quatre mains {quadrumane), au lieu de deux.... — Or, la main étant plus noble que le pied, il résulte de là en bonne arithmétique, qu'il faut au moins deux grands hommes pour valoir un petit singe.... Et voilà où peut conduire une systématologie sans principes....

Et vous croyez, s'écrie de nouveau le docteiir Chauvet indigné, que je vais, moi qui ai l'honneur d'être un homme, accepter très-humblement cette insulte brutale, avaler cette infamie?... ^ Et vous pensez que je

vais vous acquitter de ce crime de lèse-majesté humaine?... Et vous vous figurez que je suis disposé à courber mon noble front devant le sale orang-outang, au-dessous duquel vous avez la cynique impudeur de me ravaler, du haut de votre chaire professorale?... — Ah! eussiez -vous la puissance de dix césars, vous ne m'empêcheriez point de vous couvrir de boue et de malédictions, pour le grand méfait de dégradation dont vous vous êtes rendus coupables envers Tespèce humaine ! . . . .

Bérard n'est plus.... paix à sa mémoire!.... — H a disparu de la scène du monde savant, ou il eût pu jouer un plus beau rôle ; mais sa philosophie reste.. .., sa chaire a changé de nom, voilà tout. — La Faculté de Paris enseigne toujours à la jeunesse médicale, que Thomme est purement et simplement un mammifère monodelphe et bimane. »

Ces célébrités du matérialisme, aveuglées de prétentions, marchent orgueilleusement sur les traces des Anytus, des Mélitus, des Lycon, qui se réunirent contre Socrate, Taccusèrent de corrompre la jeunesse, parce qu'il enseignait l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et le firent, pour cela, condamner à mort

Ce sont des savants de cette sorte qui ont forcé Aristote de fuir Athènes, sans attendre son jugement, voulant, disait-il, « épargner aux Athéniens, déjà coupables de la mort de Socrate, un nouvel attentat contre la

philosophie. »

Ce sont des savants fanatiques qui sont restés quarante ans pour admettre, en France, les vérités de Newton ; ce sont des savants qui ont été la cause que Roger Bacon

passa la moitié de sa vie dans les cachots ; ce sont bien les mêmes fanatiques et cruels qui ont torturé Galilée ; bien les mêmes qui, à la voix d'un évêque nommé Cauchon, ont torturé Jeanne d'Arc et Font fait périr dans les flammes du bûcher -, qui ont fait brûler Jordano Bruno, parce qu'il était philosophe ; les mêmes qui ont fait subir la torture, dans un cachot, pendant vingt-sept ans, à Campanella (Thomas), parce qu'il croyait à la pluralité des mondes ; fait arracher la langue, puis jeter dans les flammes du bûcher le philosophe Lucilio Vanini; ce sont bien les mêmes qui ont été la cause qu'André Vésale est mort de faim ; qui ont exilé Denys Papin, etc.

Ce sont des savants qui ont persécuté Mesmer, calomnié, présenté comme un homme sans principes; parce que, docteur-médecin, membre de la Faculté de Vienne, il avait reconnu que la prétendue science médicale n'olîrait aucun résultat dans l'art de guérir.

Les persécutions dirigées contre cet homme de progrès, surtout de la part du révérend père jésuite Hell, (astronome à l'observatoire de Vienne.) (« Toujours zélé dit Mesmer, pour les intérêts de la compagnie, qui décida à l'unanimité pour soutenir l'honneur du corps qui était compromis, qu'on poursuivrait Mesmer à outrance et que le magnétisme serait proscrit. » ) Ce père fut l'auteur principal des tortures morales que Mesmer eut à souffrir, car pour persécuter il ne s'agit pas toujours de jeter dans un cachot, de mettre en action les engins de tortures d'une inquisition, de faire monter au bûcher une intelligence humaine, un génie qui enrichit la science d'une vérité, la persécution intolérante et fanatique se

fait sentir toujours aussi terrij^le selon le siècle, les mœurs où surgit la pauvre victime. C'est l'histoire malheureuse du progrès de l'esprit humain : il faut des victimes ; il faut que le fanatisme traite comme un ennemi le téméraire qui vient sortir les savants de' leur routine avec des découvertes nouvelles qui blessent leur amourpropre, leur orgueil accoutumé à .ce règne des sciences, > où en général respirent le matérialisme, le sensualisme.

Nous allons nous en convaincre en suivant un peu les membres des académies de toutes sortes dont le malheureux Mesmer chercha à s'entourer pour communiquer sa préciejase découverte.

Mesmer s'adressa tout d'abord au président de la Faculté de Vienne qu'il connaissait particulièrement, M. le baron de Stoërck, médecin de l'empereur. Cette illustration épouvantée l'invita à ne pas compromettre la Faculté par une innovation de ce genre.

Mesmer expérimenta ensuite en présence de l'anatomiste Barthe et cfu physicien higenhouze qui furent convaincus de la présence d'un agent, mais ces savants non-seulement ne voulurent pas en convenir publiquement, mais démentirent ce qu'ils avaient vu....

Mesmer, après avoir démontré l'efficacité du fluide magnétique, en rendant la vue à M^^'' Paradis, complètement aveugle, que le baron Venzel, médecin qui passait pour le plus célèbre de Vienne, avait traitée pendant quatorze années sans le moindre succès, croyait enfin avoir raison des scènes diffamatoires et scandaleuses

dirigées contre lui ; mais quelle ne fut pas sa déception, lorsque le père de sa malade, après avoir tait grand tapage dans les feuilles publiques par la relation de cette cure^ engageant qui voudrait à s'en convaincre, se laissa influencer par différents personnages haut placés, hostiles à Mesmer et craignant que leur crédit fît perdre une petite pension allouée à sa fille par sa Majesté, en raison de son infirmité, résolut de la retirer de chez Mesmer où elle était en traitement. Mesmer crut devoir faire quelques résistances pour la laisser partir avant que la guérison fût complète, mais la cupidité cria plus fort que la conscience de M. Paradis, chez qui Tirritation était au paroxysme et qui alla jusqu'à menacer Mesmer de lui passer son épée à travers le corps. La malheureuse mère, furieuse, aveuglée par la colère, malgré sa fille suppliante, la violenta au point de la jeter contre la muraille....

;^iie Paradis, à la suite de toutes ces émotions et de

mauvais traitements, redevint aveugle et Mesmer,

persuadé d'avoir tout fait, tout supporté pour convaincre ses compatriotes de sa découverte , s'exila de sa patrie en 1777 par la force de la persécution. Croyant enfin être sinon mieux compris, au moins traité avec moins de barbarie dans un pays étranger, il se rendit à Paris.

Comment y fut-il accueilli ? C'est ce que nous allons savoir.

Mesmer arriva à Paris dans le mois de février 1778.

Son nom et sa doctrine étaient déjà connus, la curiosité lui amena beaucoup de personnes qui désiraient voir des effets du magnétisme, mais sans aucun but sérieux, et qui ne pouvaient le conduire au résultat auquel il voulait arriver, convaincre le monde des savants, surtout les médecins, ses collègues.

Après avoir fait un appel à ces oracles des académies déjà prévenus contre lui et sa science, il n'obtint rien... M. Le Roy, directeur de F Académie des sciences, daigna cependant assister à quelques expériences, sembla y prendre intérêt et proposa à Mesmer de le présenter à l'Académie pour entendre le rapport qu'il se proposait d'y lire ; mais aussitôt que Le Roy commença à énumérer devant ces illustrations les phénomènes qu'il avait observés, ces immortels du progrès scientifique le traitèrent de charlatan.

Mesmer sortit du sanctuaire du progrès le cœur navré; peu de jours après il reçut la visite de plusieurs de ces Messieurs qui lui firent des excuses de convenances, pour répondre à ses justes plaintes; séance tenante il leur fit des expériences des plus convaincantes qui étonnèrent et persuadèrent enfin ces dieux de la

progression, mais ils eurent peur d'être ridiculisés

par leurs collègues des académies s'ils accréditaient ce qu'ils venaient de voir.

Mesmer de plus en plus abreuvé de déceptions, écrasé par les sarcasmes que peut enfanter un monde académique, se retira à Creteil où il fit un grand nombre de

guérisons ; croyant qu'avec l'appui de ces résultats il serait plus heureux, il sollicita de nouveau les académiciens de vouloir bien utiliser les ressources que le magnétisme donnait à profusion. Mais ces gloires de notre belle France ne daignèrent pas répondre à son appel.

Accablé de mépris il se proposait de quitter la France, quand il fut arrêté dans son projet par M. d'Eslon, premier médecin ordinaire du comte d'Artois.

Cet académicien, après avoir obtenu des résultats irréfutables de guérisons par le fluide, proposa à ses collègues de faire des expériences dans un hôpital ; la proposition fut acceptée, mais il lui fut impossible de réunir ces Messieurs. M. d'Eslon sollicita auprès de MM. Mallouet, Sollier de Rominais, médecins, qui daignèrent se déranger pour remplacer ses collègues les académiciens. M. d'Eslon leur présenta plusieurs malades qu'il avait guéris en peu de temps, cures extraordinaires qui eurent beaucoup de retentissement.

Ces Messieurs prétendirent que la nature seule était la cause de résultats aussi merveilleux.

M. d'Eslon, outré du parti pris de la mauvaise foi de ces hommes de lumières, s'empressa de publier un ouvrage intitulé : Observations sur le magnétisme, et présenta à ce moment les vingt-sept propositions de Mesmer.

La Faculté exaspérée, prise d'un vertige effrayant, furieuse qu'un de ses membres osât prendre la cause du magnétisme qu'elle-même avait foudroyé avec un succès aussi éclatant, fit lire par M. Roussel de Vauzesmes un discours « plein d'odieuses diffamations, de calom-

nies contre lui Mesmer et le magnétisme, » enfin la Faculté pour en finir, « après avoir hué M. d'Eslon » rédigea un décret ainsi conçu :

« 1° Injonction à M. d'Eslon d'être plus circonspect à l'avenir.

« 2° Suspension pendant un an de voix délibérativc dans les assemblées de la Faculté.

« 3° Radiation à l'expiration de l'année du tableau des médecins de la.Faculté, s'il n'avait pas à cette époque, désavoué ses Observations sur le magnétisme animal.

" 4° Les propositions de Mesmer rejetées. »

Ce décret ne s'arrêta pas à l'intolérance, la persécution des corps savants, il s'étendit sur tous les partisans du magnétisme en général.

Le docteur Douglé, dans une brochure : (Rapport au public de quelques abus auxquels le magnétisme a donné lieu)j rapporte que trente docteurs s'occupant du magnétisme sont relégués comme des parias dans une salle séparée de l'assemblée, pour subir un interrogatoire.

« Chacun attendait, raconte le docteur Douglé, avec impatience l'appel général et se promenait en long et en large avec sa façon de penser et d'agir.

« On m'apprend qu'il est question de nous faire signer une espèce de formulaire.

« Nous verrons ce qu'il contient, dis-je alors, et nous signerons, ou nous ne signerons pas.

« L'appariteur paraît enfin et m'appelle le premier comme le plus ancien, j'avais cet honneur. J'entre, fort surpris de n'être suivi d'aucun de mes compagnons. On me fait asseoir et Monsieur le doyen commence par

me demander si j'ai domié de l'argent pour me faire instruire du magnétisme. Surpris de cette question, je répondis, par respect, que M. d'Eslon ne prenait point d'argent, qu'il ne recevait que des médecins, pour observer et l'aider; qu'il était on ne peut plus honnête, modeste et complaisant, et que d'ailleurs la Faculté ne

l'ignorait pas.

« Je ne fatiguerai pas le lecteur parle détail des autres questions. Je fus interrogé en criminel, et je me croyais transféré en la chambre de laTournelle. On finit enfin par me présenter une formule à laquelle je ne crus pas devoir m'assujettir.

« Je ne voulus point signer, et repétai à la Faculté, pour lui prouver mon zèle et ma soumission, que je n'avais pas encore trouvé dans cette méthode un degré d'utilité - suffisant pour lui en rendre compte, que j'y avais trouvé des effets pouvant être attribués à l'action delà chaleur des hommes sains sur un infirme, etc., etc. Je sortis, un autre me succéda.

« Voici quelle était la formule qu'on voulait faire signer à chaque docteur régent.

« Aucun docteur ne se déclarera partisan du magnétisme animal, ni dans ses écrits, ni dans sa pratique, 'sous peine d'être rayé dù tableau des docteurs régents. »

Ce ne sont pas, comme beaucoup de grands seigneurs de la' science veulent l'accréditer aujourd'hui, des ignorants qui ont débuté dans l'étude des premiers pas du magnétisme; mais bien des académiciens, et ce ne

sont pas des académiciens qui n'ont pas été inities sérieusement et scientifiquement aux phénomènes de la découverte de l'immortel Mesmer, qui ont rejeté par parti pris ou par ignorance les faits et les guérisons nombreuses qui avaient un retentissement aussi éclatant à travers le monde. Ce sont bien des hommes placés au sommet de Téchelle scientifique qui se sont bouché les yeux et les oreilles pour ne rien entendre ni voir. N'est-ce pas épouvantable, hors nature enfin, de se représenter ces hommes bouffis d'orgueil, aux idées assez étroites, aux sensations aussi matérielles, niant, dénaturant les phénomènes aussi palpables d'une science nouvelle, d'une science divine!! persécutant, calomniant l'auteur immortel de cette découverte, employant toute l'influence due à leur crédit pour éteindre une vérité aussi grande en traitant les adeptes de Mesmer comme des malfaiteurs, les expulsant de leurs rangs.

Mesmer, convaincu de la mauvaise foi de ses adversaires, se retira à Spa-, beaucoup de malades appartenant à la classe la plus élevée le suivirent pour se faire guérir. Sachant qu il. était pauvre et qu'il avait malgré cela refusé l'offre qui lui avait été faite par M. de Breteuil, ministre, de la part de la reine, d'une pension de 3o,ooo livres, avec 100,000 écus comptant, ces malades reconnaissants résolurent d'ouvrir une souscription qui fut mise à exécution par M. Bergasse et patronnée par MM. de Puységur, le père Gérard, le bailli Desbarres, Court de Gébelin, etc.

Le nombre des souscripteurs était fixé à cent et

chaque souscription était de cent louis, mais le nombre dépassa de beaucoup ce chiffre.

Le magnétisme , par les guôrisons qu'il [opérait de tous côtés, avait de nombreux et puissants partisans, lesquels n'étaient pas sans dangers pour l'infaillibilité des académiciens. Enfin, le gouvernement, résolu de faire examiner si le magnétisme était une vérité ou une erreur, nomma une commission de savants qui se rendirent chez M. d'Eslon, qui avait institué un dispensaire magnétique.

L'intrigue des savants empêcha, malgré les réclamations de Mesmer (auprès de M. Francklin) que ce fût lui-même, auteur de cette découverte, qui fût convoqué pour les expériences, et non M. d'Eslon; mais le parti pris des illustrations scientifiques convoquées pour l'examen des phénomènes était contre lui ^ ce fut M. d'Eslon qui fut choisi.

Ce fut le 1 2 mars 1 784 que le roi nomma cette fameuse commission de savants, dont cinq appartenaient à l'Académie des sciences : Francklin, de Bory, Bailly, Le Roy, Lavoisier, et quatre à la Faculté de médecine : Bari', Salin, Darcet, Guillotin, pour lui rapporter les vérités de Mesmer sur le magnétisme.

Nous ne rapporterons pas ici, dans cet abrégé, les naïves discussions de ces Messieurs, consignées dans leurs rapports, qui durèrent cinq mois. Mais ces infaillibles conclurent, en assurant qu'ils n'avaient rien vu, rien touché et, par cela, rien compris des faits du magnétisme; donc le fluide, proclamé par Mesmer, n'existait pas, et l'imagination en avait fait tous les frais.

• Ce qu'il y a de plus déplorable dans tous ces débats, c'est que non-seulement ces orgueilleux prohibitionnistes du progrès ne se contentèrent pas de fermer les yeux et de rejeter systématiquement les preuves, mais l'Académie qui avait exclu de son sein le docteur d'Eslon, parce qu'il avait courageusement continué les expériences du magnétisme, fit un grand nombre de victimes.

Bailly, qui avait signé le rapport du 12 mars 1784, où il prétendait, d'accord avec ses collègues, que le magnétisme n'existait que dans l'imagination, écrivait cependant dans un autre rapport, destiné à être mis sous les yeux du roi Louis XVI, seul, ces lignes :

« Rien d'étonnant que le spectacle de ces convulsions. « Quand on ne l'a point vu, on ne peut s'en faire une « idée, et, en le voyant, on est également surpris et du « repos profond d'une partie de ces malades, et de l'a- « gitation qui anime les autres; des accidents variés « qui se répètent, des sympathies qui s'établissent.... « On ne peut s'empêcher de reconnaître, à ces effets « constants, une grande puissance qui agite les ma- « lades, les maîtrise, et dont celui qui magnétise « semble être le dépositaire. »

Il est clair que si la commission académique n'a rien vu ni compris dans les phénomènes du magnétisme, Bailly, lui, d'après ce que nous venons de lire, y avait compris quelque chose. Mais, hélas ! s'il y a eu des héros, dont s'honore l'histoire des peuples, il y a eu aussi beaucoup de savantes divinités qui ont eu l'infirmité de la peur; Bailly a eu sans doute peur de subir le sort de ison collègue d'Eslon, celui d'être chassé de son académie.

Le célèbre Lavoisier qui, comme ses collègues, n'avait rien vu, rien touché, rien entendu et par cela rien compris diSins les effets àvL magnétisme, soutenait lui à son tour, cette vérité que les gaz étaient des corps aux mêmes titres que les liquides et les solides ; les académiciens, qui étaient en veine ordinaire, le traitèrent de fou, que son imagination avait fait tous les frais, pour faire croire semblables turpitudes, qu'eux n'avaient rien vu, rien touché, rien entendu et qu'Us n'y comprenaient rien.

Si Lavoisier, qui avait nié le magnétisme, fut traité de même pour sa découverte par ses collègues les académiciens, le trop célèbre docteur Guillotin fut plus heureux quand il proposa à la Constituante l'instrument qui porte son nom (qu'il n'a pas la gloire d'avoir inventé), toutes les sommités savantes s'épanouirent devant une invention aussi en rapport avec la matière, qui était appelée à de si hautes fonctions dans l'art d'abréger le travail de la destruction humaine; car tout le monde pouvait se rendre compte du gigantesque résultat-, aussi tous les savants et la masse crièrent bravo à l'unisson de toutes leurs forces, car cette fois ce n'était pas du magnétisme qu'il s'agissait, du magnétisme accrédité par des fous, des visionnaires, des imbéciles qui écoutent le charlatan Mesmer, qui prétend guérir de pauvres malades dont l'imagination est frappée; non, mille fois non; dans le magnétisme, les savants des académies ne voient rien, ne compren-

nent goutte ; la guillotine, à la bonne heure au moins, les savants comme tout le reste des mortels peuvent déjà voir d'avance dans leur imagination, d'après les rapports du docteur Guillotin, les suppliciés monter les degrés de cette œuvre du progrès -, ils peuvent entendre leur dernier râle, là il y a quelque chose de palpable, de certain, de vivace enfin, qui prouve qu'un être qui a passé par là n'est plus de ce monde.

Mais ce que les savants ne comprennent pas, c'est que ces décapités ont une âme qui survit après que la guillotine a rompu ses liens avec le corps, que ces esprits conservent leur identité, leur raison, leur libre arbitre de penser; qu'ils voient toutes choses ayec d'autres yeux que ceux des académiciens ; que ces esprits, de concert avec Mesmer, savent très-bien que si les savants de la terre des académies nient et rejettent toutes idées nouvelles, c'est par le motif qu'eux-mêmes n'ont jamais rien découvert ni inventé, parce qu'ils ne se sont jamais inspirés que dans une atmosphère matérielle, trop épaisse pour faire jour au plus petit rayon du soleil divin, qui enflamme et inspire les martyrs du progrès humain.

Pour mieux nous convaincre que de tous les temps les savants ont été aveuglés par un parti pris pour tout ce qui n'est pas admis par la routine de leurs écoles, écoutons Louis Figuier :

« Aucun savant jusqu à l'époque à laquelle nous sommes parvenus, ne voulait un seul instant admettre qu'il fût possible que des pierres tombassent du haut

des airs, cette manière était contraire aux notions reçues par la science. Les témoins oculaires de ces faits avaient été dupes, disait-on, d'une illusion de leurs sens.

« Il y eût de même des personnes assez inconsidérées pour jeter avec mépris des aérolithes qui avaient été conservés pendant longtemps ; on s'en débarrassait, de crainte de paraître ridicule en les gardant; Voilà comment les hommes qui croient tout savoir repoussent ce qui leur paraît inexplicable parce qu'ils ne le trouvent pas conforme à leurs connaissances. Bien petit est toujours le nombre de ces esprits philosophiques qui comprennent que les limites des connaissances humaines ne sont point celles de la nature

« L'Académie des sciences reçut des échantillons de trois aérolithes de 1768. Elle chargea Fongeroux, Cadet et Lavoisier (le même qui niait avec acharnement le magnétisme), de faire un rapport à ce sujet. Dans leurs rapports, nos trois académiciens déclarèrent que ces pierres ne sont pas tombées du ciel, qu'elles ont seulement été frappées par la foudre, qui les a déterrées et mises en évidence. Tout ce que Ton peut conclure de leur ressemblance, disait la commission, c'est que la foudre tombe de préférence sur les matières pyriteuses.

« Ce rapport, publié en 1772, était le dernier mot de l'Académie des sciences. Elle s'en tint là. Il aurait fallu, pour la convaincre delà réalité des aérolithes, qu'une de ces pierres tombât sur la tête d'un académicien. La chose

devait toutefois se réaliser en partie de nos jours

(En 1864, un membre de TAcadémie des sciences de Paris, M. Adolphe Brongniard, se trouvant à la cam-

pagne à Gisors {a failli mourir de peur), témoin luimême de la chute de pierres ayant accompagné le bolide du 4 mai.)

« Le 24 juillet 1790, entre neuf heures du soir, on vit, en plusieurs localités de la Gascogne, un globe de feu sillonner les airs, traînant une longue queue, et disparaître après une détonation violente. Environ deux minutes après, il tomba à Juliac dans les Landes, une pluie de pierres de forme ovale et aplatie, d'un poids moyen de deux cents grammes. La municipalité de Juliac se hâta d'envoyer à l'Académie des sciences de Paris un procès-verbal signé du maire et de trois cents témoins oculaires.

« Les savants et les académiciens s'émurent à cette annonce. Ce fut un haro universel contre ce maire crédule et cette paroisse assez stupide pour certifier un fait évidemment faux, un phénomène physiquement impossible. Ce sont les propres paroles du physicien Bertholon, savant alors fort estimé. »

Continuons au sujet du magnétisme. Le 5 avril de la même année 1784, une nouvelle commission fut nommée, composée de MM. Caille, Mauduit, de Jussieu, Poissonnier et Andry. Après trois mois de labeur, quatre de ces Messieurs conclurent que le magnétisme était-dénué de preuves : seul le savant de Jussieu n'imita point Bailly, il dit à ses collègues : « Tous vos efforts n'empêcheront pas cette vérité de triompher. » Il se fit pour cela l'ennemi des académiciens, ses collègues, mais

plus heureux que d'Eslon, il ne fut pas chassé du sanctuaire académique.

C'était assez d'un pour prouver, à la face des hommes, que ces illustres de la terre sont faillibles.

Si Bailly avait su qu'il n'en fallait qu'un seul....

Peut-être croira-t-on que les Académiciens sont les seuls ennemis jurés du magnétisme. Ecoutons: Le 22 octobre 1784, les- savants des Académies voulant, par un plébiscite éclatant, en finir avec cette prétendue folie, chargèrent un de leurs membres, nommé Michel Augustin Thouret, médecin, directeur et professeur de l'Ecole de médecine, de recueiUir et rechercher tous les documents au sujet du magnétisme.

Ce dieu des apothicaires fit, dans toute la France et même à l'étranger, un appel à tous les correspondants des Académies de Paris.

En moins de deux mois, Thouret avait reçu plus de soixante rapports, de soixante villes différentes, depuis le chef-lieu de province jusqu'à Saint-Jean-de-Luz, ce troupeau de Pamir ge de correspondants avait répondu, comme Pandore : « BiHgadier, vous ave^ raison. »

L'Académie n'avait-elle pas prouvé, en expulsant le docteur d'Eslon et les trente docteurs cités plus haut par le docteur Douglé passé sur la sellette académique, qu'il fallait être de son avis... Tout le fretin médical et scientifique, suivi de tous les esprits forts, avait trépigné de joie. Chacun, à qui mieux mieux, avait donné le coup de pied de l'âne à ce fluide imaginaire

avec lequel Mesmer prétendait guérir les malades.

Enfin, pour nous résumer, le magnétisme fut conspué, hué jusqu'à ce jour par la majorité de la routine académique, toujours ennemie du progrès.

Malgré toutes ces puissances d'un jour, le magnétisme allait son train et ses phénomènes se montraient de toutes parts, toujours par l'effet de Vimagination, qu'aucune de ces savantes têtes n'a encore pu expliquer.

Suivant Virey {Dict. des sciences médicales t. 24 p. 16): « L'on a guéri sur-le-champ, par l'imagination, des malades aux portes du tombeau. »

Le célèbre Florentin Ficin dit {De vita cœlitus comparanda, cap. 20) : « qu'il n'est pas étonnant de voir des maladies se dissiper sous llnfluence de llmagination. »

Le grand Paracelse {Occulta philos. 2, XI) dit : « L'imagination et la foi sont si efficaces qu'elles ont le pouvoir de guérir. »

Le savant de Jussieu avait raison quand il disait à ses collègues les Académiciens : Tous vos efforts n'empêcheront pas cette vérité dé triomphér. .» Cette vérité fit le tour du monde et eut des adeptes les plus fervents dans tous les rangs de la société.

Pour nous en convaincre, écoutons un de ses plus terribles adversaires, Monsieur le docteur Mabru, chimiste, lauréat de l'Académie des sciences : « On demeure frappé d'épouvante et d'effroi, dit-il {Les magnétiseurs

jugés par eux-mêmes), on est vraiment saisi de tristesse et de pitié, quand on voit de telles erreurs s'abriter sous des noms dont la plupart appartiennent à des hommes distingués dans les arts, dans les lettres, le barreau, la diplomatie, le clergé; sous les noms enfin, de

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