Bréquigny, Mémoires de VAcad , p. 629 et suiv
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vrior 806. Quelques jours après avoir célébré les
fd^te's de IMcpies, Charles le Jeune rentrait en cam-
|vagtie, battait les Slaves Sorabes et construisait
<)eu\ cliàteaux sur les bords de la Sale et de TElbe.
l-os Danois éprouvèrent aussi la vigueiu* de son
bras. Leur chef, l'intrépide Godefroid, avait envahi
le teniloire dos Abodrites, peuple slave soumis et
dovcnu tributaire de Terapire, sur les bords de la
Balliquo. Charles, accourant au secours des Abo-
«Iriles, qui connnençaicnt à reprendre l'avantage
rontre leur terrible agresseur, contraignit Godefroid
k renti-er dans ses États; et comme plusieurs peu-
lAnâo^ répandues sur les deux rives de l'Oder s'é-
taiont jointes à (îodefroid dans son entreprise contre
h^s Abodrites, elles furent à leur tour visitées par
les Francs*. (> fut le dernier exploit de Charles le
Jeune. Né pour la giieire, il devait mourir sur un
rbarnp <\c bataille; mais il mourut dans son lit, au
mois de diSvmbre de Tannée 811.
Popin.
I . f!<^i\rorTt< fils d'HiWogarde fut appelé d'a- ? . .V r.nrlomsn. ^^ prit ensuite le nom de Pe- . 't rvir-n v^r. n^^ \>^nhu plus voir un véritable
rejelon de la tige royale dans Pépin le Bossu. Né en 776, il accompagnait son père en Italie, lorsque celui-ci se rendit, en 781, près du pape Adrien, jaloux,. dit Éginhard, d'aller célébrer la fête de Pâques dans la ville éternelle. Mais Charlemagne avait encore d'autres desseins. En effet, le jour même de la cérémonie pascale, Adrien baptisa Carloman sous le nom de Pépin, et le couronna roi de Lombardie. Louis, son jeune frère, reçut en même temps l'onction à titre de roi d'Aquitaine. Louis était âgé de trois ans : Pépin allait entrer dans sa cinquième année.
A l'âge de vingt ans. Pépin commandait une armée et développait dans la .vallée de Trente ses bataillons lombards, tandis que Charlemagne pénétrait en Bavière, allant châtier le plus redoutable et le plus indocile des vassaux de l'empire, son cousin le duc Tassillon. Mais l'armée de Pépin ne fut pas engagée dans cette grande entreprise : elle ne servit qu'ai fermer la retraite au chef bavarois.
Il la conduisit bientôt sous le ciel brumeux de la Pannonie, allant poursuivre les Huns ou Avares jusque dans leurs dernières retraites. C'était une nation très -redoutée, sur laquelle on racontait beaucoup âe fables. Quand les Goths émigraient d'Asie en Europe, ils traînaient à leur suite, au rapport de Césaire d'Heisterbach , une multitude de femmes amaigries.piar la faim, épuisées et ren-
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dues difformes par tous les genres de débauches, et par les rudes corvées imposées à leur faiblesse. Près d'arriver au terme de leur voyage , les Goths les abandomièrent dans les forêts, craignant de voir compromettre la bonne renommée de leur noble sang par les enfants nés de ces horriI)les créatures. Elles étaient donc errantes à travers les sombres déserts de Tlllyrie, pleurant leur veuvage et priant le ciel de le finir, quand vint à leur rencontre un troupeau de noirs démons, qui, pour le visage et les mœurs, ressemblaient assez aux faunes antiques. Ils ne furent pas repoussés, et de là, suivant Césaire, prit origine l'affreuse et formidable nation des Huns *. Ce peuple commerçant et guerrier s'était organisé pour vivre de rapine. C'était là toute son industrie : ses armées envahissaient un pays, en revenaient chargées de butin, et faisaient ensuite trafic de ces dépouilles. Toute l'étendue du territoire occupé par les Avalées était défendue par de fortes palissades construites avec des troncs de hêtres, de chênes et de siq)ins : derrière ce premier rempart s'élevaient des boui^dos, ou plutôt des camps très-rapprochés les uns dos autres, entre lesquels il y avait un facile èchiuige d'avertissements et de signaux : derrière ct^s pivmiers camps, une autre enceinte, et, dans
cette enceinte, de nouveaux habitants; cl ainsi se succédaient neuf enceintes, neuf cercles de plus en plus resserrés, le dernier enveloppant et protégeant la résidence royale, appelée ring {hringus), où s'entassaient, depuis plusieurs siècles, les trésors ravis à rOccident ^ Cet asile passait pour inexpugnable.
Cependant Charlemagne , ayant résolu d'abattre la tyrannique puissance des Avares, avait envoyé contre eux une armée commandée par Éric, duc du Frioul, et celui-ci, s'étant successivement rendu maître de toutes les palissades, avait pénétré jusqu'à la résidence du roi. Ce fut un succès éclatant, mais qui pouvait n'être pas définitif. Pour réparer les brèches faites à leurs antiques retranchements, les Avares n'avaient qu'à revenir aux lieux abandonnés par l'armée victorieuse. Il s'agissait de les contraindre à subir la domination ou la tutelle de l'auguste empereur. C'est Pépin (|ui fut chargé de les amener là : Charlemagne était alors trop occupé d'anéantir les Saxons , pour se laisser détourner par d'autres affaires de ctlte grande entreprise. Pépin reparut sur les traces
d*Eric, dévasta l'opulent domaine du chagan, ou prince des Avares, fit un immense butin, et ne se retira pas sans avoir donné rendez-vous au fier
1. Des faits et gestes de Charles le Grand, par le moine de Saint-Gall, livre II.
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barbare dans le palais de l'empereur, à Aix-la-Chapelle. Au joiu* marqué, le ehagan des Huns se présenta devant Cbarlemagne, reçut le baptême et prêta le serment de fidélité.
Ce fut le principal exploit de Pépin. Comme, durant son règne, Tltalie ne fut guère troublée que par deux ou trois révoltes, on doit supposer qu'il était habile à les prévenir. Dans ces temps où Ton ne reconnaissait d'autre empire que celui de la force, tout acte d'obéissance était considéré comme un acte servile, et, dès qu'il s'offrait une occasion de secouer la servitude, on courait aux ar.nes. Pépin mourut en 810, le 8 juillet, la paix de l'Italie n'étant pas sérieusement menacée. Son règne peul donc être appelé pacifique. Il laissait un fils et cinq filles. Son fils, le comte Bernard, lui succéda.
Louis et ses jeunes frères.
Nous connaissons mieux le troisième fils d'Hildeganlc, Louis, que la mort de ses deux frères rendit unique héritier de l'empire, et que sa piété, joinlc à la douceur de ses mœurs, fit appeler d'abord Louis le Pieux et ensuite Louis le Déboniiaire.
On jacoïitft ane ChaH'^'nap''^'^ -^Hn^it rendre visite
ET SA COUR. m
à son illustre précepteur, maître Alcum , retiré dans le monastère de Saint - Martin de Tours , voulut être accompagné dans ce voyage par ses trois fils préférés, Charles, Pépin et Louis. Comme ils se promenaient ensemble dans le cloître , Charlemagne , prenant la main d'Alcuin , lui dit à l'oreille : « Seigneur maître, lequel, à ton avis, de ces trois nobles enfants doit me succéder dans la haute fonction que Dieu m'a confiée? » Alcuin, les contemplant l'un après l'autre , arrêta ses regards sur le plus jeune , dont le front timide était penché vers la terre, et dit à l'empereur: « Celui-ci. » Quelques instants après, adressant la parole aux religieux qui se trouvaient à ses côtés , Alcuin leur fit remarquer l'air modeste, le recueillement pieux du jeune prince , et commenta de cette manière la brève réponse qu'il avait faite à Charlemagne : « Observezvous rhumble démarche du seigneur Louis? Eh bien! vous le verrez un jour, soyez-en certains , assis sur le trône glorieux de son père * ! >»
Ce récit n'est peut-être qu'une fable; mais du moins les témoignages de l'histoire s'accordent-ils parfaitement avec la légende en ce qui regarde le caractère du roi Louis. Dès son enfance, il mon-
1. Vita Alcuini f e codice Sanctae-Mariae Remensis desumpta et! operibus praefixa. — Ermoldus Nigellus , rapportant la même prédiction , l'attribue à saint Paulin, évêque d'Âquilée. Carmen de rébus Lud. Piï, lib. II, ad finera.
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Irait, selon Thistorien Thégan, une piété réfléchie, qui ne se l)ornait pas aux actes extérieurs du culte religieux ; il donnait aux pauvres tout ce qu'il recevait de son père, et le peuple, qu'il avait gagné par la mansuétude de ses mœurs et la libéralité de son caractère , le plaçait dans son estime au-dessus des autres fUs de l'empereur*.
Déclaré roi d'Aquitaine dès sa naissance , il fui > à ïi\gc de trois ans, après avoir reçu l'onction royale , transporté dans ses États. Il fit une paille de ce voyage dans son berceau, suivi par un nombreux cortège de grands et de serviteurs. Mais quand , après avoir, en cet équipage, traversé beaucoup de plaines arides et désertes, de bois touffus, de rivières et de fleuves au cours rapide, il arriva sur la limite de son royaume, dans la ville (VOiléans , on le revêtit d'habits de guerre proj)ortionnés à sa taille; on le mit sur un cheval, et, conduit ainsi jusque dans la ville capitale de l'Aijuitaine, l'antique Toulouse, encore et toujours lièie de ses ruines et de ses traditions romaines, il fui parlout accueilli par les acclamations des peuples accourus sur son passage ' .
Charlemagne avait l'orgueil de sa race : il était heureux d'élever des trônes pour y placer ses fils.
t. De la vie et des actions de Louis le Débonnaire ^ par Thégan.