‹ Charlemagne et sa cour: (742-814)Chapitre 73 sur 89 · Éginhard, Annales j ad ann · texte numérisé non relu

Éginhard, Annales j ad ann

conseils, il s'adressait d'abord à son chancelier. Ce devait être et c'était ordinairement l'homme le mieux informé de toutes les affaires de l'État. Aussi les comtes du palais briguaient-ils l'honneur d'être les vicaires des chanceliers, en leur absence. Les fonctions habituelles de ces comtes palatins étaient cependant fort importantes. Nous avons dit que l'examen de toutes les questions ecclésiastiques appartenait d'abord à l'apocrisiaire, et qu'il préparait, dans les cas d'appel, les jugements qui devaient être dictés par le roi. Toutes les questions civiles étaient renvoyées de la même manière au comte du palais. Il avait d'abord dans sa charge le gouvernement de la maison du roi, ce qui n'était pas une médiocre affaire; il recevait aussi les plaintes des préfets, et leur transmettait les instructions ou les ordres dont ils avaient besoin pour maintenir ou rétablir la paix entre les hommes libres de leurs provinces ; il contrôlait les comptes de tous les officiers administratifs, et signalait au roi les abus qu'ils avaient pu commettre , soit dans la perception, soit dans l'emploi de ses deniers; enfin, et c'était là ce qui peut-être Toccupait le plus , il entendait avant le roi tous les plaideurs de l'ordre civil qui venaient invoquer sajustice*.

i . « Comitis palatii, inter cetera paene innumerabilia, in hoc maxime soUicitudo erat, ut omnes légales, quae alibi ortae.propter aequitatis judicium, palatium aggrediebantur, juste ac rationabi-

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Si considérables que fussent les attributions des comtes du palais , il faut croire que ce titre ne relevait pas beaucoup celui de comte, car c'est à peine si- nous le trouvons porté, durant tout le règne de Charlemagne, par trois des grands attachés à sa personne; encore sont -ce des hommes obscurs : Anselme, qui périt àRoncevaux, Worad, qui fît en 7^2 une expédition malheureuse contre les Slaves , et un certain Amalric , qui est nommé comte du palais dans un diplôme de Tannée 812, publié tour à tour par Mabillon et par dom Bouquet. On peut supposer que cette charge était occupée temporairement.

Le chambellan.

Nous nommerons ensuite le camérier ou chambellan, chargé d'entretenir, après la reine et sous ses ordres, les meubles et les vêtements du roi. Mais Charlemagne, assez peu soucieux de sa garderobe , envoyait volontiers ses chambellans soit en ambassade, soit à la guerre, à la tête des armées. Ainsi , le chambellan Adalgise, nommé, par les An-

liter determinaret , seu perverse judicata ad aequitatis tramitem reduceret. » Hincmarus, îoco ct7afo,cap. xxi.

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ducs, de marquis ou margraves, de comtes, d'hommes libres, qui marchaient à la suite du roi pendant la guerre, et prenaient part, durant la paix , à ses plaisirs. Aucun historien n'a fait le recensement de ces braves compagnons du plus belliqueux de nos rois. Cependant on peut se faii*(» qiielque idée de leur nombre par une mise en scène du moine de Saint-Gall.

Le moine raconte l'arrivée de Charlemagne dans les États de Didier, roi des Lombards. Ce prince , jaloux de venger l'honneur de sa fille injurieusement répudiée, avait, pour employer le langage des chroniqueurs cisalpins, levé l'étendard de la révolte , et s'était enfermé dans la citadelle de Pavie. Près de lui se trouvait un des anciens fidèles de Charles, le comte Ogger, qui, pour éviter le châtiment de quelque faute, était venu chercher en Lombardie plutôt une retraite qu'une vaine protection. Quand on vient leur annoncer que l'armée des Francs s'approche des murs de Pavie , le roi Didier et le comte Ogger montent, pour observer l'ennemi, sur une tour élevée; et, en efl'et, l'horizon se charge bientôt à leurs yeux d'un épais nuage de poussière. Ce qui paraît d'abord , ce sont les machines de guerre , prodigieux attirail de formidables instruments. «Voilà Charles, s'écrie Didier, au milieu de ces mouvantes forteresses. — Non, répond Ogger, Charles ne se montre pas encore,

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évoques latins, députés par le pape , Forinose et Damase. Mais, si grand personnage que fût cet' Éwrard, à qui Ciiarlemagne avait confié Tadmiiiistration de sa cave, il n'occupera jamais dans l'histoire le même rang qu'un de ses subordonnés, un simple échanson*. Il ne s'agit pas d'un certain Eppinus, célébré par Théodulfe*, qui peut avoir joui, dans son temps, d'une renommée bien acquise. Nous n'aurons rien à réclamer ni pour ni contre là gloire de cet Eppinus. Mais nous voulons parler de Benoît Wittiza, plus connu sous le nom de saint Benoît d'Aniane.

Né dans la ville ou dans les environs de Maguelone, où son père avait le titre de comte, Benoît descendait de ces terribles Goths, confondus souvent avec les Gètes, qui vinrent au V siècle s'établir vei-s les limites méridionales de l'Aquitaine, dévaster d'anciennes villes, en fonder de nouvelles , et constituer sur des amas de ruines un royaume appelé dans les chroniques le royaume de Gothie. Le père, de Benoît, ennemi des perfides Gascons, dont il avait fait, dans une rencontre, un mémorable carnage, s'était montré l'un des plus fidèles alliés des rois francs, et, par ses

I. M. Guérard établit scrupuleusement la prépondérance hiérarchique des boutilliers sur les échansons , qu*on nommait scantiones^ pincernae régis. Explicalion du capituîaire de Villis.

*2. Theodulfi Carmin, lib. III . .-

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ordres , son fils , bien jeune encore , avait été conduit à la cour de Pépin, où, placé sous la tutelle de la reine Berthe, il avait eu pour camarades, pour condisciples, Charles et Carloman. Bientôt son heureux naturel, la facilité de son esprit, son aptitude à toute chose, l'avaient fait nommer échanson , et , sous ce titre , il avait honorablement servi .dans la milice du roi*. Il ne quitta pas la cour, pour devenir moine, avant Tannée 774 : on doit donc supposer qu'il occupa jusqu'alors l'emploi d' échanson, puisque son disciple et son biographe, Ardon, le place encore, en cette année 774 , parmi les domestiques du roi , sans lui donner une autre charge. I^aconterons-nous la suite de sa vie, sa retraite dans l'abbaye de Saint-Seine, son retour dans le domaine de ses ancêtres ^ ses adieux éternels aux pompes et aux gloires du siècle , prononcés sur les bords de l'Aniane, ses pratiques rigides, ses enseignements pieux, ses miracles et son inscription au rang des bienheureux? Toutes ces circonstances n'appartiennent pas à l'histoire de la cour de Charlemagne, Benoît reparut cependant au milieu de cette cour, en l'année 801. Autour de la cellule qu'il avait construite dans les

1. « Brat quippe velox et ad omnia utilis. Post haec vero pin- « cernae sortitur officium. Milita vit autem temporibus praefati re- « gis. » Vita S. Benedicti ab Ardone , dans les Acla de Mabillon, parsl, saecul. IV.

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fratches prairies aiTOsées par FAiiianc, d'autres conslruclions s'étaient élevées pour recevoir d'auli-es cénobites, et le monastère naissant, devenu bientôt célèbre par la grande piété de ses hôtes, avait reçu du roi, des évêques, des comtes, d'opulentes largesses. Dénoncé par les clercs séculiers et les ofBciers civils de la province, et même par quelques comtes, comme un vagabond, un avide ravisseur du bien d'autrui, Benoît apprit avec douleur que ces propos, répétés à la cour, avaient produit une fâcheuse impression sur l'esprit du roi. Aussitôt il se rendit auprès de lui, sans écouter les conseils des gens qui lui disaient de redouter sa présence. Mais, en 1^ voyant, Charles ne put résister au charme de son doux regard, où brillait un rayon céleste , et , lui tendant les bras , il le pressa avec effusion contre sa poitrine. Après des expUcations rapidement échangées, Charles présenta lui-même, de sa main , à l'abbé calomnié, la coupe de l'amitié; ils burent ensemble, et la paix fut faite.

Parmi les comtes de l'étable (comités stabuli), ou connétables , intendants suprêmes de l'écurie et de la vénerie , on nous désigne Géilon et Burchard.

Charles eut d'abord pour connétable Geilon , ou Gedon, qui périt avec Adalgise dans l'entreprise formée contre les Slaves. Éginhard attribue sa mort à des rir'*oiis'-'^nr«H irAr^nri^o^ oar sa trop

grande envie de paraître. Voulant enlever au comte Théoderic Thonneur d'une victoire qui semblait assurée, il se jeta sur l'ennemi, se lit envelopper et succomba. Toute une armée partagea son triste sort *.

En l'année 807, l'emploi de connétable était exercé par le comte Burchard. Il commanda, comme Geilon, des armées, et avec plus de succès. C'est lui qui purgea la Corse des pirates espagnols, qui, chaque année, venaient mettre au pillage toutes les côtes de la Méditerranée. Ils; étaient descendus, en 806, dans l'île de Pantella^ ria, au sud de la Sicile, et en avaient ramené captifs soixante moines, esclaves de haut prix^ qu'ils avaient mis en vente sur les marchés d'Espagne. Us espéraient faire , l'année suivante , une captiu'e plus riche encore sur les rives de la Sardaigne et la Corse; mais, arrivés en Sardaigne, ils y rencontrèrent des gens disposés à leur tenir téte,^ et, après avoir perdu, dans un combat meurtrier,, une partie de leurs forces, ils vinrent se jeter sur les plages corsiques, qu'ils estimaient plus mal dé*fendues. Burchard les avait devancés; et sa flotte,, ayant combattu celle des Maures d'Espagne , la mit en déroute et fit un grand massacre de ces bandite au front basané '. Quelques années après , le$

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