Êginh. Ftfa Caroït tmpcra/om, cap. xxxiii
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ducs, de marquis ou margraves, de comtes, d'hommes libres, qui marchaient à la suite du i*oi pendant la guerre, et prenaient part, durant la paix , à ses plaisirs. Aucun historien n'a fait le recensement de ces braves compagnons du plus belliqueux de nos rois. Cependant on peut se faire quelque idée de leur nombre par une mise on scène du moine de Saint-Gall.
Le moine raconte l'arrivée de Charlemagne dans les États de Didier, roi des Lombards. Ce prince , jaloux de venger l'honneur de sa fille iiijurieusement répudiée, avait, |)Our employer le langage des chroniqueurs cisalpins, levé J'étendard de la révolte , et s'était enfermé dans la citadelle de Ravie. Près de lui se trouvait un des anciens fidèles de Charles, le comte Ogger, qui, pour éviter le châtiment de quelque faute, était venu chercher en Lombardie plutôt une retraite qu'une vaine protection. Quand on vient leur annoncer que l'armée des Francs s'approche des murs de Pavie , le roi Didier et le comte Ogger montent, pour observer l'ennemi, sur une tour élevée; et, en effet, l'horizon se charge bientôt à leurs yeux d'un épais nuage de poussière. Ce qui paraît d'abord , ce sont les machines de guerre , prodigieux attirail de formidables instruments. «Voilà Charles, s'écrie Didier, au milieu de ces mouvantes forteresses. — Non, répond Ogger , Charles ne se montre pas encore ,
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bre des agresseurs. Une troisième conjuration menaça les dernières années de la vie de Charlemagne. Elle eut pour auteurs, comme les précédentes, des Francs du premier ordre, impatients du joug qu'on leur faisait subir au nom d'un intérêt qu'ils no comprenaient guère, l'intérêt de l'empire. On rapporte que Charlemagne, ayant fait saisir les coupables , envoya demander à Pépin le Bossu , à l'abbaye de Saint-Gall, comment il devait les trai-
ter. Quand les gens chargés de cette étrange mission arrivèrent dans les jardins de l'abbaye, ils trouvèrent le fils d'Himiltrude le front courbé vers le sol , un instrument de fer à la main , extirpant d'un carré de légumes les plantes parasites qui gênaient le développement des plantes utiles. Ils lui déclarèrent l'objet de leur voyage , et le prièrent de dicter la réponse qu'ils devaient porter au roi. Mais celui-ci, « poussant de profon(J^ soupirs, à la manière des gens infirmes, toujours plus rancuneux que les gens bien portants , >» se contenta de leur répondre : « Si Charles attachait le moindre prix à mes avis, il ne me tiendrait pas en ces lieux où je suis si mal traité : je ne lui demande rien ; rapportez -lui seulement ce que vous m'avez vu faire. » Les envoyés, ne comprenant pas le sens de cette parole sibylline, et de nouveau pressant de questions le pauvre moine qui n'avait pas perdu l'orgueil de son rang, il leur dit alors d'une voix
altérée , qui marquait son impatience : « Je n'ai rien à mander, sinon ce que je fais ; et j'arrache les mauvaises herbes, pour que les bonnes poussent mieux. ^ 11 paraît que Charles n'avait pas dépêché vers son fils le plus ingénieux de ses courtisans; car ils s'en retournèrent confus, ne sachant comment interpréter le discours qu'ils venaient d'entendre, et redoutant qu'on ne leur fît expier l'insuccès de leur ambassade. Mais Charles , ajoute le chroniqueur, était le plus sagace des mortels. Ayant donc reçu la réponse de Pépin, fidèlement transmise par ses ambassadeurs, il frotta son oreille et enfla ses narines , comme un homme satisfait d'avoir improvisé l'explication d'une énigme, et s'écria : «Bons vassaux, vous me rapportez une réponse pleine de sens. » En conséquence, il ordonna que tous les coupables fussent retranchés du nombre des vivants*, et il gratifia ses fidèles serviteurs de toutes les terres précédemment occupées par les traîtres. C'est alors que Pépin, le prudent
1. C'était peut-être simplement l'application de la loi : « De « conspirationibus vero , quicumque eas facere praesumpserint , « et sacramento quamcumque conspirationem firmaverint, ut «« triplici ratione judicentur. Primo ut ubicumque aliquod malum « per hoc perpetratum fuerit , auctores facti interficiantur ; ad- « jutores vero singuli alter ab altero flagellentur et nares sibi in- « vicem praecidant. Ubi vero nihil mali perpetratum est , simili- « ter quidem inter se flagellentur , et capillos sibi vicissim deton- € deant. » Capitulare anni 805, apud Baluzium , tome I , page 4*23.
conseiller, obtint la permission de quitter Saint- Gall, et se rendit à Prum *.
Nous allons maintenant consacrer un chapitre spécial à la docte cohorte des régents de l'école palatine. On les comptait, eux aussi, parmi les officiers du palais ; mais il nous plaît de les considérer à part , pour mieux apprécier leurs titres divers. Qui a fait plus qu'eux pour la gloire de Charlemagne ?
1. Des Faits et gestes de Charles le Grande par le moine de Saint-Gall , livre II.