‹ Charles BaudelaireChapitre 3 sur 46 · FRAGMENTS LITTERAIRES · texte numérisé non relu

FRAGMENTS LITTERAIRES

« Voici quelques vers de cette œuvre remarquable, où rayonnent l'éclat et la vigueur de Fécole moderne, unis aux grâces coquettes et charmantes de Marivaux et de Crébillon fils. Us sont détachés d'une scène . d'amour entre Phaon et la célèbre Lesbienne :

Oui, Phaon, je vous aime; et lorsque je vous vois. Je perds le sentiment et la force et la voix. Je souffre tout le jour le mal de votre absence.

Mal qui. n'égale pas l'heur de yotre présence;

Si bien que tous trouvant, quand tous venez le soir

La cause de ma joie et de mon désespoir,

Mon fime les compense, et sous les lauriers roses

Étouffe l'ellébore et les soucis moroses.

« Maintenant Phaon, le timide pasteur, s'épouvante de cette passion qu'il est pourtant tout prêt à partager.

Cette belle a, parmi les genêts près d'éclor», Respiré les ardeurs de notre tiède aurore.

En chatouillant l'orgueil d'un berger tel que moi-, Son amour n'est pas sans me donner de l'efiïoi.

« A part la césure peut-Çtre trop romantique de ce dernier alexandrin, on ne peut méconnaître une grande fermeté de touche et une sobriété de forme qui rappellent heureusement la facture de Lucrèce, Mais continue Phaon :

Comme de ses chansons chaudement amoureuses, Émane un fort parfum de riches tubéreuses, Je redoute — moi dont le cœur est neuf encor. De ne la pouvoir suivre en son sublime essor; Je baisse pavillon, pauvre âme adolescente.

Au feu de cette amour terrible et mena; ame.

« Maintenant c'est au tour de Sapho d'exprimer, en traits éloquents, ses doutes et ses alarmes :

Pour aimer les bergera, fattt-il être bergère ?

Pour avoir respiré la perfide atmosphère

De tes tristes cités, corruptive Lesbos,

Faut-il donc renoncer aux faveurs d'Antéros ?

Et suis-fe désormais une conquête indigne

De ce jeune berger, doux et blanc comme un cygne ?

« L'auteur nous pardonnera sans doute ces courtes

citations, qui ne peuvent attire ft llnt^^ qu'inspirera son œuvre et qui sont a^ses piquantes pour attifer vers elle l'attention et la faveur publiques. «

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