‹ Charles Darwin et ses précurseurs français: étude sur le transformismeChapitre 28 sur 30 · CAUSERIE MENSUELLE · texte numérisé non relu

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Lamark prédécesseur de Darw^in.

La mode ne devrait pas régner dans les sciences, comme dans les vêtements et dans les littératures. C'est un travers

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de l'esprit que de subir sa tyrannie, quand il s'agit de faits contrôlés, vérifiés, admis.

Il y a néanmoins un grand nombre de savants qui sacrifient à Tengouement et à Tentrainement factice créé autour d'eux, le plus souvent, par des gens intéressés. C'est ainsi que Darwin a fait oublier Lamark, au grand détriment de la science française.

Aujourd'hui, l'engouement semble un peu passé et Ton veut bien reconnaître que, si Darwin a accumulé des faits, des exemples, des phénomènes, il est loin d'avoir sa en tirer toutes les conclusions et d^en déduire les lois.

La Phlloaopliie Zoologique de Lamarck a paru en 1809.

L'Origine des Espèces de Darwin est venue cinquante ans plus tard.

Pauvre Lamarck ! a-t-il été assez méconnu par son successeur !

(( Ses œuvres, écrivit Darwin, m'apparaissentpauvres ; pas pas un fait, pas une idée î »

Et cependant tout Darwin est dans Lamarck.

Un Américain, S. Packard, vient de le réhabiliter et un professeur delà Sorbonne,Le Dantec, reprend avec ardeur la lutte en sa faveur.

C'est une des plus belles physionomies du xix^ siècle que nous voyons apparaître dans ce savant modeste dont la vie toute de science et de travail mérite d'être citée comme un modèle.

Il eut des imitateurs dans la suite, parmi nos plus grands professeurs du CoUègede France, delà Sorbonne, du Mu^um: les Flourens, les Claude Bernard, Paul Bert, Pasteur, Brown- Séquard ont marché suivant les préceptes donnés par Lamarck, quand il écrivait :

(( J'ai pour but d'inviter les hommes éclairés qui aiment l'étude de la Nature à vérifier les faits que je signale, et à en

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tirer de leur côté les conséquences qu'ils jugeront convenables.

« Toute science doit avoir sa philosophie et c'ast par cette voie seule qu'elle fait des progrès réels. »

N'est-ce point une sorte de réfutation faite à l'avance du Darwinisme par Lamarck lui-même, quand il montre que « c'est en vain que les naturalistes consument leurs temps à décrire de nouvelles espèces, à saisir toutes les nuances, et les petites particularités de leurs variations, pour agrandir la liste immense des espèces inscrites, en un mot, à instituer diversement des genres, en changeant sans cesse l'emploi des conmdérations^ pour les caractériser. »

« On ne juge de tout que relcUivement à soi, dit encore Lamarck ; pour Thomme qui ne juge que par des changements qu'il aperçoit lui-même, les intervalles des mutations sont des états stationnair es qui lui paraissent sans bornes, à cause de la brièveté d'existence des individus de son espècie.

a C'est ainsi qu'il est porté à repousser les indices que des monuments entassés autour de lui, ou enfouis dans le sol qu'il foule sous ses pieds, lui présentent de toute part. »

Pasteur plus tard démontra que les infusoires, non plus que tout micro -organisme, ne doivent leur existence à une génération spontanée, ; Béchamp, était allé plus loin que Pasteur n'osa le faire après lui (à tort suivant nous) quand il eût trouvé dans les mierozymes des terrains carbonates des environs de Sens, les vestiges infiniment petits des êtres dont le monde fut peuplé jadis. Ces deux savants imposèrent à notre admiration la loi des générations successioes, et le principe du » rien ne se crée, rien ne se perd » : Lamarck avait prévu cette loi et avait déjà prononcé les mots « tout se transforme »>, qui sont le complément de la proposition précédente : Darwin a bien essayé de montrer que sous l'influence de la sélection naturelle^ toutes les variations devenaient adaptatives ; mais Lamarck déjà aussi avait dit :

« Dans le même climat, des situations et des dispositions

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très différentes font d'abqrd simplement varier les individus qui s'y trouvent exposés ; mais par la suite des temps, la continuelle différence des situations qui vivent et se reproduisent successivement dans les mêmes circonstances, amènent en eux des différences qui deviennent, en quelque sorte, essentielles à leur être ; de manière qu'à la suite de beaucoup de générations qui se sont succédées les unes aux autres, ces individus qui appartenaient originairement à une autre espèce, se trouvent à la fin transformés en une espèce nouvelle distincte de l'autre. »

N'est-ce pas là tout Darwin contenu dans une phrase?... Que celui-ci maintenant multiplie les faits, les contingences, les phénomènes, les explications : sa sélection naturelle, son adaptation, ne sont que des mots. Lamarck a indiqué la marche suivie par les événements ; il a fait une véritable Philosophie de V Histoire des Etres,

Jusqu'à la possibilité naturelle de transformer le quadrumane en bimane, du singe en l'homme, tout est en Lamarck, et Darwin n'a rien fait qu'enlaidir cette description de transformation, en avançant des faits non démontrés.

Son prédécesseur Lamarck a été plus discret, en avouant humblement que la chose était possible, « si toutefois V homme n'était distingué desanimaux que relativement à son organisation. »

Le Dantec trouve que c'est par crainte de passer pour athée que Lamarck a ajouté : « L'origine de l'homme est toute (( différente de l'origine des autres animaux. »

Nous aimons mieujj' croire que Lamarck a agi dans un tout autre sentiment que celui de la peur et que, s'il a dit que l'origine humaine était toute différente de celle des autres animaux, c'est tout bonnement parce qu'il a cru, comme Claude Bernard, comme Pasteur, comme la plupart des philosophes et des naturalistes, qu'il \ a des causes premières au-dessus de tous les phénomènes de causes secondes : il y a dans notre cervelle des circonvolutions spéciales qui sont adaptées par Tédu-

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cation et les influences de milieu, je le veux bien, à des consi^ dérations d'an tout autre ordre que celles de la simple observation. En un mot, Lamarck, comme beaucoup de nos savants, n'ont aucune peur d'admettre la logique des faits qu'ils décrivent ; ils en tirent toutes les conclusions philosophiques qui s^en dégagent, sans toutefois repousser les faits d'ordre moral qui sont d'un toutaufre domaine. Le libre arbitre de l'homme ne peut être mis en parallèle avec la loi de Tinstinct fatal des animaux, même domestiqués : Les véritables responsabilités ne sont pas encore connues chez l'animal.

La croyance du savant en une cause première, origine de la vie dans la simple cellule, et origine de la vie dans la cervelle la plus géniale est logée dans certaines parties de Thomme : cette croyance du savant est la même, que celle qui lui fait admettre, en d'autres coins de son cerveau que deux et deux font quatre, qu'un cercle est différent d'un carré, etc. ..

Il n'y a aucune contradiction dans ces croyances : au fond, on croit ce qu'on voit, mais on voit de diverses façons, par des sens différents : il y a des sens physiques : il y a des sens moraux : plus que partout ailleurs, dans les sens moraux, il y a des questions d'adaptation, il y a surtout des sélections.., Hélas ! beaucoup sont appelés, je dis plus: tous sont appelés, mais peu d'entre les hommes sont sélectionnés ou élus.

Lamarck reste parmi les savants les plus intègres, les plus modestes : Il fut un élu, parce que tout en admirant que la nature peut tout, il n'en admire pas moins la grandeur de la puissance de la première cause de tout, à ciui il a plu que les choses fussent ainsi, « — Si par autant d'actes de sa volonté, il lui plaît de s'occuper continuellement des moindres détails de toutes les variations, de tous les développements et perfectionnements, l'en admirerai-je moins ? ... » conclut-il .

Admettre que Dieu a pu tout créer d'une seule cellule, en lui donnant sa loi d'évolution ne peut en rien faire rejeter sa providence. Il n'en apparaît que plus grand en une loi plus simple.

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