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Vie et Cori*espondttnee, t. I, p

ici, et nul n'ignore que le Drosera ou Ros solis^ la Dionée attrape-mouches et d'autres végétaux, qui se rencontrent assez généralement en France dans les lieux marécageux ou humides, présentent cette particularité que certaines de leurs parties sont çiunies d'appendices, ou pourvues d'une conformation qui leur permet de saisir les insectes et, d'après Darwin, de s'en nourrir. Ce sont véritablement des végétaux carnivores. Ce genre d'alimentation est assez exceptionnel parmi les plantes pour qu'il y ait lieu de s'arrêter quelque peu sur l'analyse de l'œuvre de Darwin qui se rapporte à ces singuliers végétaux.

Le Drosera porte de deux à six feuilles, généralement horizontales, de forme ovale ou arrondie selon les espèces, et dont la face supérieure est recouverte de filaments ou tentacules dont l'extrémité libre porte une petite glande. Ces filaments sont plus longs sur la périphérie qu'au centre de la feuille, et leur nombre, par feuille, varie de -130 à 200, la moyenne étant 192 : la glande qui les termine sécrète un liquide visqueux et brillant, et ils jouissent d'une mobilité très marquée. Pour observer cette mobilité, plaçons un insecte sur le milieu de la feuille, ou bien un morceau de viande : les tentacules voisins du point où est l'insecte ou la viande s'inclinent vers celui-ci et pressent sur lui, en se recourbant considérablement, puis ceux qui sont

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plus éloignés agissent de même, et au bout d'un temps qui varie selon Tobjet, Tâge de la feuille, la température, etc., Tobjet se trouve entièrement pris entre la feuille et les filaments qui se recourbent sur lui. Le même phénomène de l'inflexion se produit si, au lieu d^abandonner un objet à la surface de la feuille, on en chatouille les filaments centraux, ou encore si Ton dépose sur le milieu quelques gouttes de difl*érents liquides (salive, sel d'ammoniaque en solution), ou si on la plonge en entier dans une solution faible d'ammoniaque. On peut, à volonté, faire qu'un seul tentacule s'infléchisse, au lieu de la totalité ; pour cela il suffit d'en toucher un seul ou d'abandonner à son extrémité un fragment quelconque : en quelques secondes il commence à s'infléchir, quand même le poids de l'objet serait extrêmement faible. Quand un tentacule sur l'extrémité duquel on a posé un fragment de substance alimentaire, l'a amené, par son inflexion, vers le centre de la feuille, les filaments centraux au contact desquels il a été ainsi apporté transmettent à ceux de la périphérie une excitation qui les fait s'infléchir aussi vers l'objet, tout comme s'il avait été posé dès le début sur le centre de la feuille. Quand c'est une goutte de liquide (lait, solution de sel d'ammoniaque, etc.) que Ton place sur le milieu de la feuille, non seulement tous les filaments se fléchissent vers elle, mais les bords même de la feuille se

redressent parfois, de façon à donner à celle-ci la forme d'une coupe. Une fois infléchis vers un objet, les tentacules gardent leur position pendant un temps variable (de un à sept jours) selon sa nature : plus long quand Tobjet est alimentaire que s'il ne l'est point. La très visqueuse sécrétion des glandes augmente dès qu'un objet vient à leur contact, et divers liquides ont la propriété d'accroître cette sécrétion, quand bien même ils ne détermineraient aucun mouvement des filaments. En même temps qu'elle augmente, la sécrétion devient acide. Quand les tentacules se redressent, la sécrétion diminue ou cesse, pour recommencer seulement lorsqu'ils sont de nouveau totalement redressés. Cette sécrétion semble avoir deux fins : elle englue les insectes qui se posent sur la feuille, et permet de les retenir jusqu'à ce que les filaments en se courbant les aient emprisonnés; elle sert à les digérer. Il semble qu'elle attire les insectes, par l'odeur qu'elle dégage probablement. Tels sont les faits principaux qu'il nous faut maintenant revoir avec quelque détail, pour pénétrer plus avant dans le mécanisme et le but de cet étrange appareil, la feuille du Drosera. Commençons par le mouvement des filaiûents foliaires, que Darwin a étudié avec un grand soin. Nous avons vu que les filaments sont mobiles quand on les touche, mais il convient de noter que le contact, pour déterminer le mouvement, doit por-

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