‹ Charles de FoucauldChapitre 7 sur 20 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Pour comprendre la vie extraordinaire du Père de Foucauld, il faut considérer deux faits spirituels sur lesquels tout a été bâti : premièrement, la passion dont il était épris pour le monde oriental, et qui n'était point, je l'ai dit, un amour de la couleur et du pittoresque seulement, mais avant tout une prédilection pour la soLitude, le silence, l'extrême simplicité de costume, de nourriture et d'habitation à laquelle on s'y peut réduire sans singularité ; en second lieu, l'énergie, la violence intérieure de cette volonté, qui poursuivra la perfection évangélique avec la même ardeur, la même ténacité, la même absence de toute peur qu'on a remarquées dans le jeune of&cier entreprenant son voyage an Maroc.

La conversion a été totale. Charles de Foucauld s'est entièrement abandoimé à la volonté divine, pour être ce qu'elle voudra. Il sait déjà qu'il la doit servir dans la charité et dans l'obscurité. D'étape en étape, il apprendra le reste ; il ira oii l'appelleront les âmes les plus négligées de l'univers, et, dur à son corps autrefois maître, cherchera par amour à se rapprocher de la misère de son Dieu fait hornme.

En ce moment, toute cette suite est pour lui cachée ; il a seulement cette clarté : la résolution d'obéir et le désir passionné du mieux. De même, autour de lui, personne ne se doute en quelles voies exceptionnelles il sera conduit

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un jour. Et si l'on s'étonne qu'un conseiller aussi expérimenté et sagace que F abbé Huvelin n'en ait rien pressenti, il faut répondre que les mieux doués d'entre nous ne le sont pas pour déœuvrii' l'avenir ; qu'au surplus, le monde a été créé en six jours, et que Dieu n'agit point autrement pour transformer une âme, qui est un monde aussi ; qu'il use de ménagements pour notre faiblesse, et ne permet pas tout de suite aux événements de se plier à de certains rêves de perfection, qui ne lui déplaisent pas sans doute, et viennent niême de lui, mais qu'il nous veut faire atteindre par degrés, lorsque notre patience exercée nous aura rendus plus prudents et plus forts.

J'ai voulu visiter la Trappe de Notre-Dame-des-Neiges. Elle est bâtie sur les hauts plateaux des monts du Vi varais, dans une contrée sauvage, qui dépendait autrefois du Languedoc (i). Lorsqu'on est arrivé sur ces crêtes, balayées par le vent, vêtues de courtes bmyères, qui enveloppent le monastère, on ne voit autour de soi, à d'immenses distances, que des sommets à peu près d'égale hauteur, tendant à la lumière leur pierraille et leur maigre verdure, et séparés les uns des autres par l'ombre violette des ravins. Il n'y a pour ainsi dire point de fermes sur les hauteurs ; une ou deux seulement, au corps trapu, au toit surbaissé, fait pour porter six mois de neige et de tempête. Je venais de loin, par un chemin qui suit les crêtes. Le chemin descendit un peu ; l'automobile entra dans mxe avenue que bordaient deux bois de jeunes pins et de hêtres, puis, tout à coup, sortant de l'ombre, courut de nouveau dans le soleil et les larges espaces. Devant moi, à mi-coteau, se dressait le monastère de granit blanc, avec ses granges, ses celliers, ses étables, ses écuries ; une forêt, semée par les moines, couvrait les pentes de la montagne en face, et tout le vallon,

(i) Situjéc çur U oonuciuoe de Sa|i^t"'Lauj:ont-leS'"Bain9 (AitiècheJ, l'abbaye âe Notre?|Daja»e«ïies»Nei|[çs a s» gare et son bureau de poste à la Bastidè-Sâîût-taiireat (Lozèsi-e).

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