RECETTES ET DÉPENSES DU DUCHÉ
Le receveur général se préoccupe immédiatement de faire rentrer des fonds dans sa caisse, assez pauvre sans doute. Des messagers spéciaux partent ; l'un, chargé d'opérer en Haute- Normandie, gagne Caudebec, Fécamp, Montivilliers ; l'autre, dont la destination est la Basse-Normandie, aura pour étapes successives Pont-Audemer, Lisieux, Caen, Bayeux, Valognes, Carentan, Saint-Lô, Coutances. Tous deux sont porteurs de lettres closes adressées par les gens des finances aux receveurs des aides et des tailles, ainsi qu'aux grenetiers des greniers à sel, pour les inviter à fournir des états de leur trésorerie.- Des clercs s'en vont en outre, d'élection en élection, de ville en ville, pour encaisser les sommes ainsi mises à la disposition du duc par ces receveurs et ces grenetiers. Le commis du receveur de la taille en résidence à Bayeux étant parti avec une somme qui fait partie de la recette, on se met à sa recherche et on le retrouve ^ . En outre, il est formellement interdit à tous agents financiers de payer aucune dépense sans un ordre formel du receveur général ou du trésorier général ^ .
En peu de temps, les dépenses du receveur général montent à 86756 livres ; elles sont soldées par les recettes provenant des aides, des greniers à sel, de l'aide de gens de guerre, et de ressources diverses ; mais beaucoup de dettes anciennes sont payées sur le produit des impôts pendant le trimestre d'octobredécembre 1465 ^ .
Sans se vanter, le nouveau duc de Normandie peut écrire au comte de Gharolais une lettre, portée par un ambassadeur spécial* , pour l'assurer qu'il est dès à présent en paisible possession de son apanage ; en même temps il lui exprime sa gratitude pour le concours que ses troupes lui ont prêté, il n'oubliera pas ses bons procédés, et lui offre en échange de l'aider à son tour dans la lutte où il est engagé, s'il a besoin d'hommes de guerre ou d'autres secours, avec l'espoir que leurs bonnes
Normandie (Archives communales de Rouen, AA 8). Dans le compte de l'aide de 1465, votée par les mêmes Etats, l'élection d'Avranches paie 300 livres tournois pour sa part (Bibliothèque nationale, ms. français 26090, n^ 424). 1 à 3. Bibliothèque nationale, ms. français 23262. Pièce justificative no XXIV.
4. Bibliothèque nationale, ms. français 5040, f" 104. Pièce justificative n« XXI.
relations se perpétueront. Puis il envoie un autre de ses^ chambellans au duc de Bourgogne pour l'entretenir de ses affaires : il pense que Philippe le Bon tient à cœur de les voir prospérer, et il a soin de lui rappeler la conformité de leurs intérêts et l'utilité de leur action commune ^ .
Mais combien de temps Charles de France va-t-il jouir tranquillement de son apanage ? Louis XI, de son côté, n'est pas demeuré inactif. Nous connaissons ses projets. Nous avons peine à imaginer toutes ses ruses. Il confirme aux Bretons le commandement de toutes les places qu'ils occupaient au nom du duc de Normandie, et prend à sa solde trois cents lances bretonnes qu'il charge de garder et surveiller la province ^ .
Il convoque aussi l'arrière-ban de son armée ^ . Il ordonne (2 décembre 1465) à Jean, duc de Bourbon, qu'il a su circonvenir * , de se transporter d'urgence en Normandie, et lui octroie pleins pouvoirs pour mettre un terme aux divisions qui peuvent exister entre le duc de Normandie et le roi, et pour promettre, bailler et donner terres, domaines, seigneuries, argent, à qui voudra le servir et suivant les besoins du moment ^ . Il l'invite à traiter avec François II, en lui promettant aide et
1. Bibliothèque nationale, ms. français 6972, f» 285 v». Pièce justificative n» XVII.
2. Basin, t. II, p. 150. — En l'absence du trésorier des guerres de Bretagne, ce fut Raoulet Le Goux que commit François II à faire le paiement des francs archers et autres « allant avec le duc en France » (Archives départementales de la Loire-Inférieure, B 4, fo 7) ; il porta ainsi au duc une somme de 2900 livres tournois qui ne fut pas entièrement dépensée (Idem, f'^ 54 v")
3. Les lettres d'appel pour la sénéchaussée de Poitou sont du 3 décembre (Bibliothèque nationale, ms. français 26090, n" 445). Un supplément de recrutement fut demandé au Dauphiné, avec un subside nécessaire à l'entretien de ces hommes d'armes, pour combler en partie le déficit considérable causé par la perte de la Normandie ; ce furent Charles de Grolée, Pierre Cruel et Jean de Reilhac que le roi commit à cet effet (Archives départementales de l'Isère, B 2904, fo 233) ; cf. Jean de Reilhac, t. I, p. 210.
4. Dans les dépenses du duc de Normandie, (Bibliothèque nationale, ms. français 23262 ; Pièce justificative n" XXIV) figure une somme de 4400 livres tourncis remboursée à des marchands de Rouen qui avaient ravitaillé le duc de Bourbon et les gens de guerre de sa compagnie pendant qu'ils séjournaient aux alentours de Rouen. — Dès le 19 novembre le roi lui a donné le gouvernement des provinces d'Orléanais, Berry, Lyonnais, Velay,, Vivarais, Gévaudan, Quercy, Limousin et Périgord.
5. Archives nationales, P 1359 2, n° 702. Pièce justificative n» XVIII.