‹ Charles de France, frère de Louis 11Chapitre 189 sur 598 · VENGEANCES ROYALES · texte numérisé non relu

VENGEANCES ROYALES

une vive terreur, et ce n'était point tout-à-fait à tort. Pour voyager, il s'était déguisé sous des habits de cordelier ; et comme il passait, en compagnie d'un religieux augustin, au Pont-Saint- Pierre , près de Fleury-sur-Andelle, il fut reconnu et livré aux gens de guerre du roi qui se saisirent de lui après l'avoir dévalisé. Quelques jours après (1" janvier 1466), il était, après un jugement sommaire, noyé par les clercs du prévôt des maréchaux dans l'Eure avec son compagnon ; puis son corps, retiré de l'eau, fut transporté en l'église Notre-Dame de Louviers où Louis XI lui fit donner les honneurs de la sépulture (3 janvier) ~, après avoir payé 13 livres 14 sous « un service et luminaire » pour le salut de son âme ^ . Ses biens furent confisqués au profit de Guérin Le Groing. D'autres officiers du duc de Normandie partagèrent le triste sort de Jean Le Boursier, mais leurs noms ne nous sont pas tous connus * . Le lieutenant du bailli de Rouen, Gauvain Mauviel "' , est arrêté (3 février) et conduit à Pont-de-l'Arche où il est décapité , son corps est jeté en Seine et sa tête placée à l'extrémité du pont, fichée au

1. Commune de Saint-Nicolas-de-Pont-St-Pierre, cant. de Fieury-sur- Andelie, arrond' des Andelys (Eure).

2. On voit encore, dans l'église de Notre-Dame de Louviers, un tombeau placé dans une excavation du mur, sous une fenêtre du bas-côté accolé au croisillon méridional, et comprenant un sarcophage enrichi de niches et de statuettes qui accompagnent un gisant de grandeur naturelle, sans aucun emblème, ni épitaphe, ni armoiries. Il a passé jusqu'ici pour être celui du seigneur d'Esternay (cf. Fr. Legendre, Histoire de Louviers, ms. à la Bibliothèque de Louviers, t. I, p. 232 ; et P. Dibon, Essai historique sur Louviers (1836), p. 111). Mais mon excellent ami Louis Régnier a retrouvé le véritable nom du défunt et démontré que le style du monument ne répondait en rien à la période que nous étudions; on lira avec intérêt son travail, inséré au t. XXXII (1917) des Uulletins de la Société des antiquaires de Normandie : Le tom.beau de Robert d'Acquigny dans l'église N, D. de Louviers.

3. Jean de Roj-e, Journal, t. I, p. 149. — Cf. l'extrait du compte de Pierre Jobei t, receveur général des finances roj'ales (Bibliothèque nationale, ms. français 32511, f-^ 260).

4. Jean de Roye, t. I, p. 149 ; et Documents historiques inédits (Champollion-Figeac), t. II, p. 137: « là où l'on a peu trouver de mes serviteurs, en a fait plusieurs mourir sans cause )) . Cf. Thomas Basin, t. II, p. 158: « plurcs tamen deprehensi, aquarum gurgitibus, variis in locis ejus [régis] prsecepiis sufîocati et exstincti fuerunt, vel variis suppliciis aiTecti». Quanta Commines, il reste muet et feint d'ignorer ces crimes.

5. Dès 1462 il était lieutenant général du bailli Jean de Montespedon (Bibliothèque nationale, Pièces originales, vol. 1902, Mauviel, n'' 2) ; cf. aussi ms. français 21477.

bout d'une lance i . Le haut doyen du chapitre cathédral, Nicolas Dubosc, et six chanoines du même collège, zélés antiroyalistes, se virent bientôt exilés ^ ; un prêt de 500 livres n'avait-il pas été consenti par eux ^ , des deniers des églises, en faveur du duc de Normandie ? Il n'en fallait pas davantage pour encourir le courroux du roi. On dit aussi qu'ailleurs la répression fut sanglante * . D'aucuns, comme cet homme d'armes qui avait collaboré précédemment à la reddition de Pontoise sous les ordres de Louis Sorbier^ , auraient eu la tête tranchée, d'ordre de Louis XP , si pour garder la vie ils n'avaient trahi à leur tour le duc de Normandie et livré aux troupes royales la ville et le château de Pont-de-l'Arche (9 janvier). C'est ce que les thuriféraires du roi appellent ' les effets de sa grande clémence.

Cependant Charles de France est en péril. On raconte volontiers que, par peur, il ira se réfugier en Bourgogne, en Angleterre ou ailleurs, étant incapable de résister davantage^ ; cette rumeur n'est peut-être pas sans fondement. Le 7 janvier, il expédie vers son frère Jean Hébert, ancien général des finances de Normandie, qu'accompagnent Georges de Vouhet ^y Guillaume

1. Jean de Roye, t. I, p. 154; — Archives communales de Rouen, citées par Chéruel, Le dernier duché de Normandie, dans la Revue de Normandie, 1847, p. 329.

2. Jean de Roye, t. I, p. 155; Th. Basin, t. III, p. 267. et t. IV, p. 247.

3. Archives départementales de la Seine-Inférieure, G non coté ; vol. XXI du plumitif du fonds du chapitre cathédral de Rouen, f» 44 v», cité par l'annotateur de Jean de Roj'e, B. de Mandrot.

4. Dans les vicomtes de Caen et de Vire, d'après De La Rue, Nouveaux essais sur la ville de Caen, t. III (1842), p. 331.

5. Et non pas Louis Sorbier lui-même, comme l'indique Quicherat dans l'édition de Thomas Basin (t. Il, p. 159, n» 2), et comme l'a cru A. Dupuy. Louis Sorbier demeura fidèle à Charles de France : nous le retrouverons bientôt grand écuyer, et plus tard sénéchal de Périgord.

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