MORT DU ROI CHARLES VII
vivant, le fils de Charles VII était « incorporé parmi les princes de la nation allemande * ». Mais l'affaire n'eut pas d'autre suite.
Deux ans après, soit au début de l'année 1461, des ambassadeurs du roi Henri IV de Castille vinrent à Mehun-sur-Yèvre pour essayer d'entamer des pourparlers en vue d'un mariage entre Isabelle, sœur d'Henri IV, et Charles de France ^ . Les envoyés espagnols demandaient au nom de leur maître que le duché de Guyenne fût donné en dot au jeune prince. Pris de scrupule, Charles VII ne crut pas devoir accepter pareille condition, jugeant peu raisonnable de distraire du royaume cette belle province, à peine redevenue française, sans le consentement de son fils aîné, alors absent et particulièrement intéressé dans la question ^ . Charles Vil, dont la santé était déjà fort ébranlée, ne se sentait plus la force de prendre tant d'initiative, et les négociations furent rompues, à peine à leur début.
Le jeune « petit seigneur » avait ainsi grandi, choyé, entouré de la sollicitude paternelle qui se fit sentir jusqu'à la dernière heure *, puisqu'à son lit de mort Charles VII recommanda vivement à Antoine de Chabannes de servir fidèlement ^ son fils. Peut-être le roi expirant redoutait-il pour ce
1. Kgl. sœchsisches Haupt-Staats-Archiv, Wittenberger Archiv, Luxemburgische Sachen, t. 1, P 234 ; cité par G. Du Fresne de Beaucourt, t. VI, p. 268.
2. Duclos, Recueil de pièces pour faire suite à l'histoire de Louis XI (Paris, 1746), p. 249 ; — Commines, édit. Lenglet-Dufresnoy, t. II, p. 311.
3. Lettre de Gaston de Foix au roi, du 6 août 1461 : " Et pour ce que j'ay entendu que aucuns vous ont rapporté que on a voulu faire faire des choses au roy vostre dit père en vostre préjudice pour avantager monsieur vostre frère ; sur mon ame, Sire, je ne sceus oncques rien de ladite matière, ne n'en ay oui point parler, sinon que l'année passée, estant le roy vostre dit père à Mehun, et que les ambassadeurs du roy d'Espagne y estoient qui traictoient le mariage de mondit seigneur vostre frère avec la sœur dudit roy d'Espagne, il fut ouvert que les Espagnols requeroient que le roy vostre dit père donnast et transportast la duché de Guyenne à mondit seigneur vostre beau frère ; à quoy le roy vostre dit père fespondit qu'il ne lui sembloit pas bien raisonnable, que vous estiez absent, et que vous estiez frère aisné, et que estiez celuy à qui la chose touchoit le plus après luy... "
4. On peut noter que, dans les premiers jours d'avril 1461, Charles assiste et participe aux séances de la chambre des requêtes, à Mehun-sur- Yèvre ; sa présence est indiquée dans un acte de cette époque (Archives nationales, JJ 192, f" 5 v^).
5. G. Du Fresne de Beaucourt, Histoire de Charles VII^ t. VI, p. 442.
CHAB1.es de GUYENNE o
24 l'enfance de Charles de frange
bien-aimé fils les rancunes et les jalousies du dauphin peu disposé à favoriser un frère plus particulièrement affectionné, encore trop jeune pour être dangereux, mais susceptible de devenir tôt ou tard l'instrument docile de ses ennemis.
Charles VII cessa de vivre le mercredi 22 juillet 1461, à Mehunsur-Yèvre. Le convoi funèbre emmena le corps embaumé vers Paris, accompagné par le jeune Charles son fils, le duc d'Orléans, le comte de Foix, le comte d'Angoulême et d'autres seigneurs. Il arriva le 5 août à l'église Notre-Dame-des-Champs, hors les murs de Paris, et les solennelles obsèques furent célébrées le lendemain \ suivies d'une procession, à Notre-Dame; le 7, après une nouvelle cérémonie où fut prononcée l'oraison funèbre du défunt, le corps fut porté dans la chapelle où reposaient déjà les rois Charles V et Charles VI ^ . Dunois, à l'instant où l'on se séparait, déclara à haute voix que « chacun en son particulier devait pourchasser de soy pourvoir ^ . »
Charles de France, après avoir assisté à ces divers services, quitta Paris et alla rejoindre sa mère à Chinon * . L'horizon se couvrait d'épais nuages, et, à l'heure où les regrets unanimes suivaient le défunt dans la tombe, chacun entrevoyait l'avenir sous les plus sombres couleurs.
1. Le deuil était conduit par le duc d'Orléans, le comte d'Angoulême, le comte d'Eu, le maréchal de Lohéac, Jean de Bueil, Dunois, etc. Ce fut l'évêque de Bayeux, Louis de Harcourt, qui officia à Notre-Dame.
2. Voir les différents historiens contemporains, Jean Ghartier, t, III, pp. 114-121 ; Leseur, Histoire de Gaston IV, édit. Henri Courteault, t, II, p. 101 ; et surtout la relation officielle de Mathieu d'Escouchy, t. III, pp, 421-444. Dans le " Supplément aux preuves de Mathieu d'Escouchy ", l'éditeur, G. Du Fresne de Beaucourt, a imprimé des extraits des comptes des obsèques.