DÉCISIONS ET PROMESSES
:arbalétriers, faciles à trouver dans chaque paroisse, il n'ose se prononcer de suite et promet d'en saisir son conseil de la guerre. Si l'on souhaite la réduction des amendes infligées par la Cour des Grands Joui^, et la modération des frais de justice, il déclare devoir s'en tenir aux ordonnances royales qui régissent la matière, mais il fera une légère concession : les amendes de soixante livres parisis seront désormais fixées à soixante livres tournois K Si l'on compte sur son bon vouloir pour supprimer ks impôts de tonnage et de circulation sur le sel, qui se superposent aux tarifs déjà suffisamment lourds, payés à Libourne sur la Dordogne et à Agen sur la Garonne, il répond qu'à sa connaissance rien n'a été innové sur ce point, et qu'en tout temps les marchands se plaignent des péages nouveaux établis sur le cours des rivières. Si l'on désire le voir confirmer et respecter les franchises et libertés octroyées par ses prédécesseurs, en même temps que les usages locaux, il promet de s'y appliquer de son mieux et d'en référer à son Grand Conseil pour les cas particuliers. Si enfin on insiste auprès de lui pour qu'il prête une oreille attentive, avant de quitter Cahors, à tous ceux qui ont quelque doléance particulière à lui adresser, il se plie de bonne grâce à cette exigence, se réservant de réclamer l'assistance de son Conseil pour donner à chaque affaire la suite qui conviendra. Une telle assemblée, à Cahors, fut un événement considérable. Un historien local évalue à dix mille et plus le nombre des étrangers qui se pressaient alors dans la vieille cité quercynoise -. On imagine les conversations et les rumeurs qui se croisaient dans cette foule avide d'échanger ses impressions, de voir le nouveau duc, de connaître ses intentions, de discuter ses décisions. Ces populations, peu* habituées à des spectacles xle ce genre, eurent peut-être leur plaisir un peu gâté par la perspective d'une sérieuse augmentation d'impôts, mais la présence d'un prince parmi eux, avec l'espoir de pouvoir l'appro-
entendre dans la plupart des villes du royaume (voy. Sée, Louis XI et les villes, p. S6). Leur indiscipline ne se trouve pas compensée par leur valeur militaire. Mais Louis XI reste sourd aux réclamations jusqu'au jour où il transformera en subside financier permanent et équivalent le subside militaire que les municipalités devaient s'imposer à cet égard.
1. La différence entre les deux sommes était de quatre sols par livre.
2, Lacoste, Histoire générale de la province de Quercy, t. III, p. 430.
cher, de pouvoir se faire écouter et d'obtenir satisfaction le cas. échéant en dénonçant les injustices et les abus des fonctionnaires subalternes, leur était un encouragement et un réconfort»^ Et le prince, de son côté, ne devait-il pas y trouver un regain de popularité ?
Durant son séjour à Cahors, Charles n*est pas resté inactif. II reçoit la visite des consuls de Caylus ^ qui sont venus le prier de respecter les privilèges de cette ville - ; il autorise les consuls de Cahors à percevoir un droit de souchet sur toutes les marchandises vendues dans la ville, pendant une période de douze ans ^ ; il donne à l'évêque de Cahors tout droit et action sur les ecclésiastiques de son diocèse, en interdisant à son sénéchal d'évoquer à son tribunal les causes concernant leurs personnes * ; il prescrit à Jean Dorsanne ^ et à Louis Daniel ^ d'enquêter sur les droits et les privilèges de l'évêque d'Agen qui se plaint d'avoir été dépouillé par le sénéchal d'Agenais "^ ; il reçoit Pierre de La Roche, chevaucheur de l'écurie du roi; puis Martin Chatorru, clerc, venus successivement pour lui apporter des lettres closes de Louis XI, lui communiquer des lettres du duc de Bourgogne, et réclamer une prompte réponse ^ ; il donne à Robert de Balsac la baronnie de Clermont- Soubiran ^ enlevée à Jean d'Armagnac **', et octroie à Gilbert de Chabannes la terre de Caussade **, les dîmes de Négrepe-
1. Chef-lieu de canton, arrondissement de Montauban (Tarn-et-Garonne).
2. Archives municipales de Caylus, GC 47. — Deux délégués du duc étaient allés prendre possession du château en son nom.