IJB TRÉSORIER DES GUERRES
frais, et jouit des mêmes droits que le trésorier des guerres du roi. Si le duc part pour la guerre en pays étranger, il faut tenir compte du surcroît de dépenses provenant de l'éloignement et du danger qu'il y a toujours à transporter avec soi des sommes d'argent considérables. Si les assignations viennent à être modifiées pour quelque cause que ce soit, et si le recouvrement des recettes s'en trouve affecté d'autant, le trésorier des guerres ne se considère plus comme responsable des paiements dont il a la charge, tant que d'autres assignations équivalentes n'auront pas été établies pour y remédier. Il n'est d'ailleurs tenu qu'au paiement de ce que mentionnent les états signés de la propre main du duc Charles. Au cas où il se trouvera forcé de faire des avances, elles lui seront remboursées en fin d'année, après avis des gens du Conseil. En raison de la variété des monnaies dans les sommes d'argent que versent les receveurs particuliers, des difficultés peuvent naître : s'il y a pour le trésorier perte par suite du change, cette perte sera supportée par le duc et fera l'objet d'un compte particulier. Enfin Jean Gaudète a pris ses précautions, et a fait spécifier par le duc que, en cas de détroussement ou de vol commis à son détriment par gens de guerre ou autres, ni lui ni ses clercs ne seront rendus responsables. Telles sont les décisions que comporte l'importante ordonnance promulguée le 22 février 1471 par Charles de France *. Conformément à cette ordonnance, lorsqu'il y a lieu d'apporter quelque modification aux paiements régulièrement effectués, un ordre formel du duc est nécessaire : c'est ainsi que le duc, ayant constitué pour l'année 1471 à Madame de Thouars sa maîtresse, — veuve depuis le 28 février, — une pension de 3000 livres tournois, déclare par lettres spéciales que cette somme sera assignée, partie (1575 livres) sur l'état de la solde des gens de guerre chargés de la garde du château de Bourg-sur-Gironde -, partie (400 livres) sur les produits de la gabelle en Saintonge, partie (275 livres) sur la ferme du
1. Bibliothèque nationale. Pièces originales, vol. 1293, doss. n^ 29129; Pièce justificative n» CXII.
2. Le capitaine de Bourg-sur-Gironde, depuis le 18 juillet 1469, était Jean de Volvire (Archives nationales, T 189^). Cf. Pièce justificative no XCV.
386 l'administration de la GUYENNE sous le duc CHARLES
salin de Bordeaux, et il donne des ordres pour que les rôles soient ainsi fixés ^
Les comptes étaient grossoyés en plusieurs exemplaires, et l'un des exemplaires était expédié à Bordeaux -, où il servait à établir le bilan général des dépenses de l'apanage. De même, chaque année, l'argent produit par l'impôt de la taille était porté à Bordeaux ^, après que le contrôle de l'assiette de cet impôt avait été dûment établi. Les paroisses comprises dans l'élection de Saintonge, en 1471, fournissent une somme totale d'environ 34000 livres tournois (dont 4473 pour la seule ville de La Rochelle) qui permet de régler et liquider les dépenses suivantes : solde de 43 lances '% solde des francs archers, frais des commissaires chargés delà recherche et répartition des feux par paroisse, équivalent des impositions ordinaires ^.
Tous ces rouages paraissent avoir fonctionné sans heurt et sans trouble : une organisation, généralement calquée sur l'administration royale ^, maniée avec intelligence et régularité, assurait un rendement des impôts à peu près normal, malgré les difficultés de l'heure présente et les inévitables troubles apportés par un changement de régime.
Les difficultés étaient soumises à ce tribunal supérieur qu'était la Chambre des comptes de Guyenne, dont la situation prépondérante n'a pas besoin d'être expliquée. Le rôle du 22 février
1. Bibliothèque nationale, ms. français 22293, p. 109; Pièce justificative noCXIII.
2. Bibliothèque nationale, ms. français 23915, f» 134. Pierre der. Assiz reçoit huit livres tournois pour sa peine de porter le compte de 1469-1470 de La Rochelle à Bordeaux.
3. En 1471, la ville de Cadillac (Gironde) porte en dépense vingt ardits à Bernard Gaucem pour avoir porté au duc l'argent de la taille (Archive» municipales de Cadillac, CG3).