Louis de la Trémoille, ouvr. cité, p
la crainte d'une invasion anglaise A, et donner comme prétexte que ce sont les ennemis du royaume de France qui menaçaient d'envahir la Saintonge - ? L'historien qui juge après plusieurs siècles des événements aussi fâcheux a le droit de se montrer sévère ; il plaint les honnêtes et paisibles populations auxquelles on donnait un prince pour le leur enlever presque aussitôt par la force, et qui pouvaient tout redouter de la colère royale si une démarche imprudente venait à la déchaîner.
Témoin la situation difficile où se trouvèrent les habitants de La Rochelle ^ quand ils virent arriver Louis XI à Surgères ^ après l'occupation de Saint-Jean-d'Angély, de Saintes et de Mauzé \
Le roi fait savoir au maire et aux échevins de La Rochelle qu'ils aient à lui adresser trois notables, auxquels il communiquera ses intentions au sujet de son entrée dans leur ville. Trois élus^' sont désignés ; ils paraissent devant le roi, et l'on devine leur gène et leurs craintes. Aussitôt l'un d'eux, prenant la parole, explique avec quel déplaisir ils ont vu leur ville comprise dans l'apanage de Guyenne, au mépris de ses privilèges; il déclare que, depuis quelques mois, par ordre exprès et sous peine de passer pour des rebelles, ils ont été contraints par le roi d'accepter le duc de Guyenne pour seigneur et de lui
2. Archives municipales de Saint-Jean-d'Angély, EE 6. — Cf. des lettres patentes de Louis XI, du 3 avril 1473 : (( Comme durant la maladie de feu nostre frère le duc de Guienne et peu de temps avant son trespas, pour ce que nous feusmes advertiz d'aucunes entreprinses qu'on vouloit faire sur le pais et conté de Xaintonge, ville et gouvernement de La Kochelle et autres pais que lui avons baillez pour son appanage, nousenvoiasmes nostre amé et féal conseiller et chambellan le sire de Crussol... » (Archives historiques de la Saintonge et de VAunis, t. XXVIII, 1899, p. 37).